Un confinement... aussi au service du capital !

Lors de son discours à Mulhouse, Emmanuel Macron avait annoncé : « Rien ne sera comme avant  », en parlant de la crise sanitaire que traverse le pays.
Beaucoup de choses laissent en fait présager le pire pour le monde d’après.

Le monde des travailleurs, surtout, voit déjà le patronat multiplier les entorses au droit du travail et les pressions liberticides, en partie avec l’aval du gouvernement bourgeois : ruptures de contrats, faux chômage partiel, congés imposés,... et même, plus incroyable, incitation à prendre de la chloroquine en automédication ! C’est par exemple le cas de SNF, leader mondial du traitement de l’eau, basé à Andrézieux-Bouthéon près de Saint-Étienne : dans une note interne intitulée « Confinement et égoïsme », l’un des cofondateurs de l’entreprise salue « ceux qui acceptent de travailler parce qu’ils savent que l’on ne peut pas laisser partir la France à vau-l’eau », fustigeant « ceux qui, comme d’habitude, sabotent le travail des autres  » et « ceux qui paniquent et se calfeutrent dans leur trou comme des rats. », et ajoutant : «  Nous avons acheté une certaine quantité de ce médicament (Ndlr : à base de chloroquine) pour traiter quelques dizaines de personnes fortement impactées. Si c’est le cas, vous devez faire une demande à la direction pour la délivrance de ce produit  », allant même donner la posologie : «  2 cachets de 250 mg matin et soir jusqu’à la disparition des symptômes au bout de 4 à 7 jours (10 jours maximum).  »

Le "travailler coûte que coûte" entraîne par ailleurs de graves atteintes à l’indépendance et au fonctionnement de l’inspection du travail, contre laquelle le ministère du travail organise paralysie et court-circuitage pour l’empêcher d’exercer ses missions
- en interdisant aux inspecteur-trices du travail d’effectuer des contrôles inopinés dans les entreprises,
- en les rendant difficiles puisque aucune politique d’approvisionnement rapide en masques de protection des agent-es de contrôle n’est mise en œuvre,
- en exerçant des pressions directes sur les inspecteur-trices du travail qui osent faire leur travail et préconisent des mesures contraignantes (par exemple en les sommant de s’expliquer, en les obligeant à revenir sur leurs observations, en soumettant l’exercice de leurs pouvoirs au veto de leur hiérarchie, voire en s’y substituant).
A Reims et dans le Nord, deux inspecteurs du travail ont été suspendus en vue d’une procédure disciplinaire après avoir engagé une procédure de référé à l’encontre d’employeurs qui n’assuraient pas de protection suffisante pour leurs salarié-e-s !

Les atteintes au droit du travail et les pressions qui pèsent sur les salarié-e-s n’épargnent pas non plus les soignants, alors qu’ils sont en première ligne contre la pandémie. Ils manquent de masques, de blouses, de matériel... Mais gare à eux s’ils osent le dénoncer publiquement ! À l’hôpital de la Timone à Marseille, par exemple, une infirmière a été convoquée par sa direction pour avoir posté une vidéo devenue virale, dénonçant la vétusté des surblouses reçues. Au centre hospitalier d’Hautmont, une aide-soignante, également syndicaliste et membre du comité social et économique (CSE), a été brutalement mise à pied devant tous ses collègues à 6h30, alors qu’elle pensait démarrer son service. Son tort est d’être intervenue dans le cadre de son mandat pour exiger des masques et des test de dépistage pour les soignants.
Malgré la pénurie de masques, de tests de dépistage, de respirateurs, de ventilateurs, de médicaments, d’anti-douleurs ou de sédatifs, Emmanuel Macron a qualifié d’ « irresponsables » ceux qui critiquent la gestion de la crise. Donc les soignants sont des « héros » quand ils subissent sans broncher, mais des « irresponsables » quand ils agissent pour le bien commun des personnels et des malades...

La loi sur l’ « état d’urgence sanitaire » inaugure une période de non-droit en faveur du patronat : durée maximale de travail hebdomadaire portée à 60 heures contre 48h précédemment, durée quotidienne maximale de travail portée à 12 heures au lieu de 10 et celle du travail de nuit à 12 heures au lieu de 8, extension du travail le dimanche, et l’employeur peut imposer unilatéralement et sans délais de prévalence des jours de congés ou des RTT à ses employé(e)s.

Ces mesures rétrogrades ne constituent que le début d’une offensive plus massive encore de la part du patronat  : le MEDEF, par la voix de Geoffroy Roux de Bézieux son président, estime dans une interview accordée au Figaro qu’ « Il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire […] pour tenter d’effacer, dès 2021, les pertes de croissance de 2020.  »

Ces dispositions vont de pair avec l’autre versant de l’ « état d’urgence sanitaire » : un coup porté contre les libertés démocratiques. Tout d’abord, le gouvernement peut faire adopter des mesures sociales par simple décret et ordonnance sans passer préalablement par la procédure parlementaire. Ensuite, ce dispositif législatif, qui ne fixe pas de bornes temporaires, remet dangereusement en cause la liberté d’association, de manifestation et de circulation. Et l’ « état d’urgence sanitaire » est l’occasion, pour le gouvernement Philippe, de tester à grande échelle le traçage numérique, sans véritable garantie que «  le volontariat et l’anonymat » prétendus par Macron seront respectés.

On le voit, au-delà des hypocrites discours présidentiels et gouvernementaux sur la lutte contre l’épidémie, au-delà des discours réformistes et opportunistes sur un possible « Plus-jamais-ça », le capitalisme montre toujours plus l’impossibilité absolue que ce système soit « à visage humain » : plus le temps passe et plus ce système s’enfonce dans l’obsolescence, rendant impossible toute perspective de progrès (économique, social, démocratique, scientifique et technique) et détruisant tout ce qui fut conquis après des années voire des décennies de luttes pour les travailleurs et travailleuses. Que ce soit dans la crise actuelle ou dans l’émergence des épidémies de ces dernières années, le capitalisme a démontré qu’il était le problème et non pas la solution. Si un choix politique alternatif est évidement non seulement possible mais également nécessaire, celui-ci ne peut se mettre en place sous le capitalisme mais seulement sous le socialisme-communisme. C’est une société dans laquelle le peuple-travailleur, sous la direction du prolétariat, ayant renversé révolutionnairement le capitalisme et établit sa dictature sur les exploiteurs, aura socialisé les moyens de production et d’échange (c’est-à-dire les aura élevés au rang de propriété collective) et gérera la production selon une planification centralisée et démocratique pour répondre aux besoins des populations et des territoires.
C’est pourquoi le Parti Communiste Révolutionnaire de France appelle à la convergence révolutionnaire de classe contre la politique des monopoles capitalistes et de leurs laquais.

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