Soutien au Docteur Rodriguez : Non à la casse de la Médecine du travail ! Ordre des médecins et patronat : complices !
À mesure que s’intensifie l’exploitation capitaliste, une chape de plomb s’abat sur la médecine du travail. Début février 2023, un psychiatre exerçant à Montfavet (84), le docteur Jean Rodriguez, a été suspendu par le conseil de l’ordre des médecins, décision devant déboucher sur une interdiction d’exercice de la médecine pour une durée de 6 mois, mais qui fait l’objet d’un appel en justice.
Une pétition a été lancée contre sa suspension ainsi que pour l’abandon des poursuites à son encontre, et un comité de soutien s’est constitué et a tenu sa première assemblée générale fin février.
Quels motifs ont mené à cette décision de la part de l’ordre des médecins ?
Engagé contre la souffrance psychique au travail, le docteur Jean Rodriguez s’était spécialisé dans ce domaine depuis une dizaine d’années après avoir été confronté à de nombreux cas alarmants. Récemment, le psychiatre de 75 ans a fait l’objet de plusieurs plaintes d’employeurs auprès du conseil de l’ordre des médecins à cause d’arrêts de travail jugés « litigieux. » S’étant exprimé sur cette affaire, le conseil de l’ordre du Vaucluse affirme que « dans son rapport, le médecin doit s’en tenir au constat de la pathologie », qu’ « il faut avoir constaté ce qu’on écrit » et qu’ « on ne peut pas […] établir des faits de harcèlement car on n’est pas sur le lieu de travail. » De son côté, le praticien déclare que « jamais un seul patient ne l’a mis en cause », que « le problème [est] que le conseil obéit aux injonctions du patronat », et que « tous ces arrêts de travail ont été reconnus par la Sécurité sociale. »
Ce n’est pas la première fois que le docteur Rodriguez est attaqué par des employeurs pour des motifs similaires.
En 2013, le docteur Jean Rodriguez a été poursuivi devant le conseil de l’ordre des médecins pour avoir, dans le cas d’une patiente employée au magasin Zôdio d’Avignon – appartenant au groupe Mulliez -, fait le lien entre le syndrome de stress post-traumatique dont elle souffrait et ses conditions de travail, suite à une plainte déposée par son ancien employeur. Il adresse alors un courrier au médecin de la Sécurité sociale et un autre au médecin du travail de l’employée en évoquant le « harcèlement » et les « violences psychologiques » exercées par son employeur. Attaquant Zôdio aux prud’hommes, la femme, licenciée pour inaptitude, expose alors les écrits médicaux du praticien. C’est alors que Zôdio saisit le conseil de l’ordre des médecins, qui engage des poursuites contre le docteur Rodriguez, accusé d’avoir violé le code de déontologie de la profession, interdisant les certificats médicaux « tendancieux ou de complaisance ». Dans sa décision, l’ordre des médecins exposait que « les écritures du praticien doivent clairement faire la distinction entre les constatations médicales qu’il a opérées et les dires du patient se rapportant à l’origine des troubles décrits », lui reprochant d’avoir repris à son compte les « propos de sa patiente ». Il lui reprochait aussi d’être « engagé dans des actions menées aux côtés d’organisations syndicales [pour] combattre ‘‘la souffrance psychique au travail ’’ ». Au cours de cette affaire, le docteur Rodriguez a reçu le soutien de plusieurs syndicats et associations, dont l’association Santé et Médecine du travail (a-SMT), le Syndicat de la médecine générale et le Syndicat national des professionnels de la santé au travail. Risquant une suspension allant de 3 semaines à 3 mois, le praticien avait finalement écopé d’un blâme en 2014.
Le cas du docteur Rodriguez est loin d’être isolé et traduit la volonté du patronat de museler la médecine du travail.
Il y a par exemple eu le cas du docteur Dominique Huez, médecin du travail qui exerçait sur le site EDF de la centrale nucléaire de Chinon (37) avant de prendre sa retraite, qui avait rédigé un certificat médical fin 2012 à un salarié de la société Orys. Dans ce certificat, le docteur avait fait le lien entre la dépression de ce salarié et les conditions de travail de ce dernier. Il a été condamné à une peine d’avertissement par le conseil de l’ordre des médecins en 2014. Il y a eu aussi le cas du docteur Elisabeth Delpuech, médecin du travail, qui avait établi un certificat médical pour une salariée employée dans une entreprise d’études notariales qui liait la pathologie de cette salariée à ses conditions de travail, et que cette dernière avait utilisée dans le cadre d’une action aux prud’hommes. Poursuivie par cette même entreprise, le conseil de l’ordre des médecins a infligé un blâme à l’encontre du docteur Delpuech en 2013. Ayant fait appel de cette décision, la chambre disciplinaire nationale de l’ordre des médecins a annulé le blâme en 2014, estimant que la praticienne « ne s’est pas bornée à faire siennes les déclarations de la salariée, mais s’est fondée sur la connaissance personnelle qu’elle avait acquise des conditions de travail. » Ce qui l’a « amenée à alerter l’employeur et à saisir à trois reprises l’inspection du travail. » Ainsi, de nombreuses affaires comme celles-ci existent et leur nombre est fortement sous-estimé.
Il faut rajouter à cela que les gouvernements successifs jusqu’à aujourd’hui cherchent à toujours plus casser la médecine du travail.
Déjà la loi El Khomry a fait disparaitre la visite médicale d’embauche au profit d’une visite dite d’information et de prévention, ainsi que la visite médicale biennale obligatoire auprès du médecin du travail. De plus, en cas de difficulté ou de désaccord du salarié ou de l’employeur avec le médecin du travail, un médecin-expert sera désigné par les prud’hommes dont l’avis se substituera à celui du médecin du travail. Il ne faut pas oublier non plus la loi du 2 août 2021, dite « pour renforcer la prévention en santé au travail », qui prévoit notamment le suivi médical du salarié par un « médecin praticien correspondant », médecin généraliste, travaillant en collaboration avec le médecin du travail sur le suivi médical des salariés, et qui rend possible l’organisation de visites médicales à distance.
Cette casse de la médecine du travail, associée à cette intensification des attaques contre les médecins liant les problèmes psychiatriques de leurs patients avec leurs conditions de travail, trouvent leurs causes dans le capitalisme-impérialisme et son évolution.
Fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange ainsi que sur l’accroissement maximum des profits dans un environnement toujours plus concurrentiel, ce mode de production connaît également une crise générale et systémique catalysée par la pandémie de covid-19. C’est l’intensification toujours plus aiguë de l’exploitation des travailleurs, rendu nécessaire pour maintenir l’accroissement des profits, qui conduisent à la casse de la médecine du travail. Cependant une politique alternative protégeant la santé des travailleurs dans le cadre de leur emploi est possible, mais sous le Socialisme-Communisme.
Encore une fois, l’exemple soviétique en donne la parfaite illustration. Dans son livre intitulé La médecine et la santé en Union soviétique publié en 1947, le docteur Henry Ernest Sigerist se penche sur la protection médico-sanitaire du travail en Union soviétique. D’abord « chaque usine employant 250 travailleurs ou plus [était] tenue par la loi de fournir des installations médicales » et « chaque grande usine [avait] un centre pour servir ses ouvriers et leurs familles. » Ensuite « comme la protection de la santé en général, la protection du travail est la préoccupation des travailleurs eux-mêmes. » En Union soviétique, « chaque entreprise soviétique » disposait de « son comité syndical d’usine (fabkom) ou son comité local (mestkom) et son comité du Parti (Partkom). » Le fabkom ou mestkom avait « au moins cinq sous-comités » dont un pour la pour la protection du travail. D’ailleurs « une commission de protection du travail [était] créée par chaque comité d’entreprise (Fabkom […]) ou comité local (Mestkom) » qui, « à l’affût des conditions de travail dangereuses », signalait « des lacunes » et suggérait « des améliorations. »
Aussi « chaque groupe ou brigade de production, […] composé de vingt travailleurs au plus dans le même magasin ou autre unité de production primaire, élit un ‘inspecteur public’ » qui signalait « les violations des règles de sécurité à la commission » qui, en conséquence, pouvait « imposer des amendes et, avec le consentement des inspecteurs du travail réguliers, […] engager des poursuites en vertu de la loi. »
Cela tient au fait que sous le Socialisme-Communisme, édifié après le renversement révolutionnaire du capitalisme-impérialisme par les travailleurs eux-mêmes, tous les moyens de production et d’échange appartiennent à ces derniers, que ce sont eux qui exercent leur dictature de classe sur la bourgeoisie des monopoles grâce à leur appareil d’État édifié sur celui de cette dernière, et que la production sera planifiée de manière centralisée et démocratique pour répondre aux besoins des populations et des territoires. Le Socialisme-Communisme constitue la prochaine étape du développement de la société humaine.
Toute la démarche du Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF) repose sur la démonstration que seul le Socialisme-Communisme permettra la résolution de tous les problèmes et de tous les enjeux posés aux travailleurs. C’est pour cette raison que notre Parti a lancé les campagnes « Accusons le capitalisme » dont celle « Pour une santé gratuite, de qualité, accessible » pour démontrer que le combat pour un système de santé et une médecine de qualité, ainsi que protectrice de la santé des travailleurs dans leur travail, font parties intégrantes du combat de classe contre le capitalisme-impérialisme et pour le Socialisme-Communisme.
C’est également le sens de notre brochure sur la médecine et le système de santé en Union soviétique, intitulée « La médecine et la santé en Union soviétique – extraits commentés » et vendue à 4 euros, dans le cadre de notre campagne et à l’occasion du centenaire de la naissance de l’URSS.
En conclusion, nous apportons notre soutien au docteur Rodriguez et à son comité de soutien, et appelons les travailleurs à constituer un front de lutte contre la casse de la Médecine du travail et qui débouchera sur un vaste front de lutte de tous les travailleurs contre le capitalisme-impérialisme.
Parti Communiste Révolutionnaire de France