Retour sur les municipales : l’exemple de Sevran, symptomatique de la crise politique aggravée

Sevran est une ville de Seine-Saint-Denis, de 52 000 habitants, où la participation, au second tour des municipales, a été de 25%. La liste conduite par Stéphane BLANCHET (maire sortant) l’a emporté avec près de 50 % des voix (soit environ 12% des exprimés...). Cette liste, rangée sous l’étiquette « Divers gauche » et intitulée « la gauche rassemblée écologique solidaire et citoyenne », était soutenue notamment par le PCF, la France insoumise, EELV, le PS, le PRG...
Nous publions ci-dessous l’analyse et l’expression de la colère qu’a suscitées, chez notre camarade sevranais JJB, cette pseudo « victoire de la gauche » :

Dans nos quartiers populaires, c’est aussi de la lutte de classe !

Une défaite de la classe ouvrière et des couches populaires

Une victoire de la petite bourgeoisie sevranaise et de l’État

(Une partie de la petite bourgeoisie soutient ouvertement la bourgeoisie, c’est le fourier du fascisme. Une autre partie surtout celle paupérisée et en voie de déclassification rejoint la gauche réformiste qui reste dans la zone de confort de la contestation sans conséquence pour le système capitaliste et une troisième, aujourd’hui encore petite, qui rejoint les rangs des communistes révolutionnaires et des syndicalistes de classe, et qui se met sur les positions de la classe ouvrière comme l’ont fait Marx, Engels et Lénine.)

Une défaite parce qu’une municipalité ouvrière gagnée sur la base des intérêts ouvriers et populaires serait une base de résistance contre l’État, pour refuser d’engraisser les dividendes des Bouygues et autres, pour dénoncer les faux amis du type de Clémentine Autain et Stéphane Blanchet et expliquer les causes de la crise et l’impossibilité dans un système capitaliste de satisfaire la totalité des besoins populaires, autrement que par la résistance ouvrière et la révolution. Comment revivifier l’esprit et la pratique démocratiques quand on ne met pas au centre les intérêts de classe des couches populaires ? Comment recréer le lien social et combattre les préjugés et l’attentisme sans la lutte qui rassemble sur les bonnes bases ?

La souveraineté populaire ne se délègue pas. A Sevran, au lendemain du scrutin, quel pouvoir donné au peuple sevranais pour contrôler les élus, l’appareil municipal et communautaire ?
Seulement 12 % d’exprimés, et pourtant 34 élus sur 45, ainsi fonctionne la démocratie bourgeoise dans nos communes ! Est-il permis de diriger une ville alors qu’on a été rejeté par 88% de ses habitants ? Et mettre en œuvre un programme pour 6 ans, sans annoncer aucun financement ? Ainsi va la constitution la plus antidémocratique de notre histoire rédigée par les oligarques en 1958.

Une campagne à Sevran sans accuser le capitalisme destructeur de nos emplois, de nos vies, sans accuser le capitalisme destructeur de la planète avec sa course barbare au profit !

A force d’oublier l’antagonisme CAPITAL/TRAVAIL, on met de côté le combat pour accuser le capitalisme, combat qui devrait habiter toutes nos réflexions et nos actes ! Avec les écolos et les réformistes, les causes de la misère sociale sont niées et occultées, c’est leur fonction parmi le mouvement ouvrier et les couches populaires, puisque Génération.S et EELV sont intégrés ou en voie d’intégration à l’État. L’embourgeoisement des villes, voire des quartiers, lié à l’enchérissement du prix du foncier, favorise le vote écologique qui aura une incidence négative sur le maintien des couches populaires, le prix du foncier ayant une incidence directe sur le prix des loyers.
Dans les abstentionnistes, on retrouve la population laborieuse sevranaise qui a rejeté le Traité Constitutionnel Européen (TCE) en 2005. Au conseil municipal, on retrouve les partis qui ont milité pour le Traité constitutionnel européen (TCE). L’abstention, notamment dans les scrutins préférés en France, élément de la crise politique, contient en elle du négatif et du positif. Pour le positif, on peut considérer l’abstention comme un effet annonciateur à venir d’un rejet encore plus radical car plus conscient du système capitaliste, caractérisation d’une crise révolutionnaire quand ceux d’en bas ne veulent plus être gouvernés comme avant et que ceux d’en haut ne peuvent plus gouverner avec l’ancienne manière.
Il semble bien que le compte n’y est pas pour les abstentionnistes (75 %) avec les positionnements écologiques si loin des besoins populaires. 12 % seulement pour la gauche rassemblée et le maire sortant à Sevran, qui pourtant disposaient de l’appareil municipal.

L’écologie est le nouvel habit de la bourgeoisie Le capitalisme vert, c’est toujours le capitalisme

Notre petite bourgeoise de Sevran travaille pour la grande mégalopole parisienne (si peu écologique)

- Conséquence : le phénomène déjà visible à Montreuil où il est devenu impossible de se loger pour les smicards ! Dans le quartier Moncelleux, on veut détruire les tours Pallack, les pauvres dehors !
- L’État subventionne sous conditions en fonction des impératifs financiers des monopoles qui détruisent le tissu industriel en France pour le profit maximum.
- Des centaines de millions d’euros ont été donnés à Carrefour pour l’aider à créer sa banque, pour endetter les plus pauvres qui consomment grâce au crédit. Carrefour a créé plus de 170 méga-centres commerciaux en Chine (avant de tout revendre récemment).

Le Covid-19 a mis en évidence que l’économie ne fonctionne pas sans services publics (santé, transports, etc...)
A partir de ce constat, on peut rêver dans le concret de l’action syndicale et politique à une économie en France totalement libérée du profit et des profiteurs avec une économie totalement socialisée et planifiée.

Nos écolos inconséquents de Sevran, quand viendront-t-ils expliquer ? (en partie en réponse au programme de S.Blanchet)

- Les incuries devant les rodéos à moto qui nécessitent des aménagements routiers et dans les cités qui doivent être sanctuarisées.
- La non présence dans les quartiers d’éducateurs spécialisés pour la jeunesse et la misère culturelle ?
- Pourquoi le quartier Moncelleux qui a besoin de tranquillité a été défini comme étant un "pôle sport" ?
- Pourquoi la ghettoïsation de nos quartiers populaires du fait de l’origine ou de la couleur de peau, que le patronat et l’État favorisent pour mieux sur-exploiter, et laisser fleurir un sous-prolétariat manipulable par la police bourgeoise et les fascistes ?
- Que le CV anonyme n’empêche pas la discrimination à l’embauche
- Que le racisme est avant tout un racisme d’État. Les mal élus ne dénoncent pas les violences policières. D’une police dont la doctrine est basée sur la lutte contre l’ennemi intérieur et la lutte anti-guérilla.
- Comment mesurer le fardeau de la crise et son impact sur la ville
- Le refus de dénoncer l’emprise de l’État bourgeois sur Sevran, l’emprise des monopoles ... de Véolia, Engie ... Carrefour et sa banque, sur la ville et ses habitants
- Le refus de résister à la mégalopolisation de la région parisienne, le Grand Paris qui va éloigner les "prolétaires pauvres" à la périphérie et servir de pompe à fric pour les monopoles.
- Que les projets sont réalisés sans véritables concertations, sans études préalables auprès de la population qui devrait être le véritable décisionnaire.
- La stigmatisation de notre ville par l’État et les médiacrates,
- Que l’économie circulaire préconisée dans le programme de S.Blanchet supprime des emplois, ainsi fonctionne le capitalisme (25% dans une partie de la filière de fabrication de la canette en alu). Que l’économie dite solidaire en système capitaliste (de type SCOP par exemple), c’est toujours de l’exploitation.
- Que Sevran dans le cadre des schémas d’aménagement du territoire de l’État sert de réserve de main-d’œuvre pour faire pression sur les salaires et à libérer dans d’autres villes les terrains pour la spéculation foncière.
- le silence et le non soutien aux luttes sociales.

Quand cette gentilhomie de banlieue arrêtera-t-elle de négocier dans notre dos ?

- Les contrats de chauffage urbain, (Le tarif est réparti pour l’unité facturée ainsi : charges fixes 50%, 50% charges variables ; les Sevranais financent le capital d’Engie)
- Les contrats du traitement des ordures ménagères,
- Les contrats du traitement en Partenariat Privé Public (PPP) de l’éclairage public
- Les contrats du traitement de l’eau
- etc...

Gauche rassemblée à Sevran ?

EELV, PCF, FRONT DE GAUCHE , LFI, SEVRAN ECOLOGIE, GENERATION.S

- Le PCF milite pour une Europe sociale (donc il est pro UE). Il a renié les fondamentaux du communisme. Le PCF, satellisé par le PS, est définitivement rallié à la social-démocratie.
- EELV et GENERATION.S (transfuge du PS) ont soutenu Hollande : aggravation du chômage (plus d’un million d’emplois supprimés), le dynamitage du droit du travail... Déjà les violences policières contre les manifestations syndicales ... etc
- Mélenchon favorable en 2011 à une intervention militaire en Libye qui a permis au terrorisme de se propager dans 14 pays. Je cite Mélenchon (pour l’intervention occidentale en Libye) : « ... Je peux appuyer une démarche quand l’intérêt de mon pays coïncide avec celui de la révolution.  » Quelle révolution en Libye ? Celle des seigneurs de guerre, du pillage et du chaos ! Quelle révolution sous la protection de l’OTAN ?
- États d’âme, après campagne, de Mélenchon sur LCI : « Mon choix,...c’était d’appuyer partout des listes citoyennes…parce que je pensais que c’était ce qui allait faire voter les quartiers populaires ... ça m’interroge, pourquoi plus personne ne veut bouger dans ces secteurs-là ? ». On dirait une autocritique. Pour Mélenchon, l’abstention est une « insurrection froide ». Insurrection ? Le goût du bon mot relève du dandysme symptomatique du petit-bourgeois qui voit des révolutions quand il n’y en a pas ou qui ne voit pas la révolution quand il en a. Les couches populaires et la classe ouvrière qui résistent aux mauvais coups du pouvoir sont encore sur la défensive et ne sont même pas encore au niveau d’une contre-offensive. Au niveau syndical, une base anti-capitaliste travaille à faire émerger un syndicalisme de combat pouvant devenir un syndicalisme de classe. L’insurrection n’est-elle pas toujours chaude ? La réforme contre le CPE en 2006 a-t-elle pris une forme insurrectionnelle ? La classe ouvrière et la jeunesse ont aboli par leur action jusqu’au bout, une loi votée à l’assemblée nationale et au Sénat, validée par le conseil constitutionnel, signée par le président de la République, promulguée et publiée au journal officiel. Alors que d’habitude, les syndicats arrêtent le combat à la chose votée par le parlement, la pression de la rue continue. Chirac interviendra pour que la loi votée et promulguée ne soit pas appliquée, son ministre recommandera aux entreprises de ne pas signer de CPE. Voilà une insurrection chaude refroidie et qu’on ne peut plus en fait qualifier d’insurrection, s’arrêtant à mi-chemin car ne remettant pas en cause l’État et l’exploitation capitaliste. Cette victoire mise à l’actif des capacités de la mobilisation ouvrière mais n’apportant rien à la cause révolutionnaire car limitée dans le cadre restreint fixé de l’économisme, courant dominant opportuniste dans la classe ouvrière qui fixe l’affrontement de classe dans le cadre limité du libéralisme (Etat au-dessus des classes, refus de l’affrontement politique contre l’Etat bourgeois jusqu’à sa destruction, rejet ou minoration du parti, repli corporatiste sur la défense des intérêts immédiats des ouvriers, naturalisation de l’économie capitaliste comme phénomène indépassable, non historique)
- Le menchevik Mélenchon croit, excellant dans l’art oratoire, que le réveil des masses vient de la génération spontanée, du simple choc des mots et des idées ? Il a tendance à se prendre pour l’homme providentiel. Rappelons qu’en 40, De Gaulle, autre homme dit providentiel, était sous la pression des communistes engagés très tôt dans la lutte armée. Quand les communistes se battaient aux côtés des peuples colonisés, De Gaulle se battait pour défendre l’empire colonial français et en ceci, il s’accordait avec Churchill parce que Roosevelt voulait récupérer les colonies françaises et anglaises.
- Madame Clémentine Autain, députée de la France Insoumise, qui soutenait la liste conduite par S.Blanchet ne sait pas ce qu’est une guerre, qui n’est qu’une barbarie impérialiste ! Des soldats américains débarquant en Normandie en 1944 ont violé des femmes françaises, sans parler des femmes violées pas des soldats japonais en Chine et en Corée, mais c’est aux soldats soviétiques qu’elle s’en prend, les soviétiques victimes des exactions de la Wehrmacht et des SS, les soviétiques qui ont porté tout le poids de la guerre anti-fasciste et qui ont libéré l’Europe. Personne ne dit que c’est une excuse ! L’armée rouge était composée aussi de femmes, héroïques, dont beaucoup ont perdu la vie dans la guerre populaire patriotique. Après avoir dynamité la croix gammée sur le toit du Reichstag nazi, le drapeau rouge de la révolution prolétarienne victorieuse flottait sur Berlin libéré, celui de la révolution prolétarienne que la menchevik Clémentine Autain ne saurait mener !

Quand l’URSS subissait une défaite fatale, les trotskystes s’en réjouissaient, les Palestiniens, eux, pleuraient !

- Madame Clémentine Autain ne dénonce la violence faite aux femmes que dans la vie domestique mais ne parle pas des femmes au travail sous la férule des cadences, des bas salaires, du temps partiel imposé, des femmes chômeuses, dont certaines sont en fin de droit, les femmes qui s’épuisent dans les trajets trop longs pour aller travailler loin de leur domicile, des fois pour quelques heures... Madame Clémentine Autain, très présente dans les médias dominants parce qu’elle ne représente aucun danger pour la bourgeoisie. Au contraire, elle lui est très utile.
- Madame Clémentine Autain, est tellement anti-soviétique et anticommuniste qu’elle invitait récemment à Sevran, Ken Loach qui dans son film “Land and Freedom” fait les louanges du POUM (parti trotskiste). Film adapté à partir d’un texte de Georges Orwell. Orwell viscéralement anticommuniste jusqu’à mettre un signe d’égalité entre communisme et fascisme. Faire un tel rapprochement, c’est aider les fascistes à redresser la tête au service de la réaction dans le monde, en Europe et en France. C’est irresponsable. Et puis Georges Orwell a été un indic et un dénonciateur. Il est prouvé par les archives déclassifiées du Foreign Office que Georges Orwell a été contacté en mars 1949 par Celia Kirwan, membre de l’Information Research Department (IRD), une officine gouvernementale spécialisée dans la lutte anticommuniste, et il a accepté de lui fournir les noms de journalistes et d’écrivains « cryptocommunistes ». « Je lui ai expliqué quelles étaient nos activités et il m’a exprimé son soutien enthousiaste et combien il approuvait nos objectifs » explique aujourd’hui Celia Kirwan.
- Ho Chi Ming a libéré le Vietnam de l’impérialisme français et de l’impérialisme américain. Que dit-il au sujet du POUM qui a joué un rôle politique et militaire central dans la défaite des républicains espagnols face aux fascistes ? "Dans tous les pays, les trotskystes se donnent de beaux noms afin de masquer leur sale boulot et leur banditisme. Par exemple : en Espagne, ils s’appellent le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM). Savez-vous que ce sont eux qui constituent les nids d’espions à Madrid, à Barcelone et ailleurs au service de Franco ?"

« Les barricades n’ont que deux côtés  »

- Ce qui se passe dans nos quartiers, c’est de la lutte de classe
- La gauche rassemblée est du mauvais côté de la barricade, son rôle spécifique converge avec celui, générique, de la bourgeoisie et de son État qui consiste à faire payer la crise aux couches populaires, à l’entreprise et dans nos quartiers.

JJB

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