Réformes dans le Supérieur et le Lycée...

Tri social et contenus appauvris, les deux mamelles d’une exploitation sans limite des jeunes travailleurs

En 2015 puis 2016, deux réformes de portée idéologique ont frappé le second degré : la réforme du collège et celle du Bac professionnel, que nous avons analysées et dénoncées, à travers leurs enjeux de classe, comme une adaptation accrue de l’école publique aux besoins des monopoles et du patronat. À chaque fois, nous avons identifié les caractéristiques communes à ces contre-réformes : explosion du cadre national, gestion locale de la pénurie et appauvrissement des contenus enseignés, ouvrant la voie au renforcement de l’école privée et à la disparition des diplômes de qualification. À chaque fois, il est apparu évident que les élèves des milieux populaires seraient les premières victimes de cette politique scolaire aggravant la sélection sociale.

En 2018, le ministre Blanquer s’attaque au lycée général, technologique et professionnel, à travers ses projets de réforme du Baccalauréat, du lycée et de l’apprentissage, qui reprennent les mêmes caractéristiques de casse du système éducatif public et des contenus enseignés.

Un lycée modulaire, pour une orientation précoce, …

L’objectif gouvernemental de sélection généralisée a été clairement affiché avec la mise en place de la plate-forme « Parcoursup », qui permet désormais aux Universités de faire le tri parmi les futur-e-s étudiant-e-s (voir notre article dans IC 143). Pour faciliter ce tri, Blanquer supprime les séries existantes du lycée général (ES, L et S), et impose aux élèves de Seconde (à 15 ans, donc...) de choisir des « spécialités » (trois en 1ère, puis plus que deux en Terminale) qui devront correspondre aux « attendus » de l’Université où ils souhaiteraient s’inscrire plus tard. Tant pis pour celles et ceux qui, à 17 ans par exemple, voudront changer de voie : les portes de la Fac leur seront fermées puisque leur « parcours » de lycéen-ne-s n’aura pas été le bon... Pour les enfants de riches, le problème sera facilement contourné par une inscription dans un établissement privé, mais pour les autres, quelle solution pour poursuivre des études après le lycée ? Quant aux élèves des séries technologiques, que le ministre prétend conserver, ils et elles se verront cantonner à une orientation vers les seuls IUT qui, faute de place, opéreront la même sélection que les autres universités.

… de nouvelles économies budgétaires, ...

La fin officielle des séries est donc un leurre, puisque la spécialisation va s’accroître en Terminale et aggravera les déterminismes sociaux déjà à l’œuvre, entre les élèves des milieux favorisés, qui sauront choisir les bonnes spécialités en fonction des « attendus » de Parcoursup et les autres. Mais au-delà, cette mesure permettra de nouvelles suppressions de postes, puisque le « tronc commun » favorisera les regroupements de classe et la perte des dédoublements, que les horaires vont globalement baisser, et que des options et dispositifs d’aide vont disparaître.

… la mort programmée du Baccalauréat comme diplôme national et premier grade universitaire, …

Autre disparition prévisible, et facteur de discrimination sociale renforcée : la mise en extinction programmée du Baccalauréat dans sa dimension nationale comme « passeport » garantissant le droit à la poursuite d’études. En réduisant à 4 le nombre d’épreuves, dont deux placées dès le mois d’avril pour que les Universités puissent faire leur tri, en introduisant 40 % de contrôle continu, sous forme de « partiels » organisés localement dès la classe de 1ère, en instituant un « grand oral » aux contours flous, évalué y compris par des non enseignants, le gouvernement sait parfaitement qu’il fabrique un diplôme-maison qui, comme le Brevet des collèges, finira par perdre son statut de qualification reconnue à l’échelle du pays. Là encore, la machine à sélectionner, par exemple avec un examen d’entrée à l’Université, pourra se mettre « En Marche », renforçant encore le processus d’exclusion des jeunes de milieux populaires.

… et le transfert de la formation professionnelle au seul patronat.

Dans ces conditions, l’issue toute trouvée par l’État bourgeois, pour « caser » ces jeunes exclu-e-s du système scolaire, c’est l’apprentissage patronal. Le 30 janvier 2018, un rapport « Pour le développement de l’apprentissage » proposé au gouvernement reprend en grande partie les propositions du MEDEF : priorité très forte à l’apprentissage, à son assouplissement, à l’adaptabilité et la remise en cause des prérogatives de l’Éducation nationale notamment dans son rôle de certificateur. Les enseignants seraient obligatoirement formés pour être sensibilisés à l’apprentissage. Les diplômes professionnels seraient recentrés autour de « familles de métiers », de quoi encore déprofessionnaliser davantage les jeunes. L’essentiel étant de satisfaire les exigences de court terme du patronat, en mettant toujours plus la formation au service des entreprises, en augmentant les gains de productivité et en réduisant les « coûts salariaux ».

Une attaque en règle, contre les connaissances, les sciences, les outils de la réflexion critique

Enfin, le danger d’une telle réforme, dans la continuité de celle du collège, se trouve plus globalement dans un appauvrissement des contenus enseignés, qui pèsera inévitablement sur les consciences des futurs citoyens et travailleurs de notre pays. Le Conseil Supérieur des Programmes est chargé par Blanquer de revoir l’ensemble des programmes du lycée, et ce dans un délai hallucinant d’un an ! Ces programmes ne pourront qu’être revus à la baisse, puisque les horaires vont globalement diminuer, et que le temps de cours sera régulièrement interrompu par les nouvelles épreuves de contrôle continu prévues dès la classe de 1ère pour le Baccalauréat. Ils prétendent créer de nouvelles disciplines, mais sous le label trompeur d’« Humanités », qui, sans contenu précis et sans horaire dédié, ne serviront qu’à diluer et à dénaturer des disciplines comme l’histoire-géographie, les sciences économiques et sociales ou la philosophie, régulièrement remises en cause par le patronat. Enfin, la dimension scientifique et expérimentale de ces contenus, si importante pour garantir l’indépendance économique du pays et la capacité de réflexion et d’innovation des travailleurs, va s’estomper davantage, puisque les mathématiques disparaissent du tronc commun, que les élèves auront à choisir entre physique-chimie et SVT (actuellement, ils peuvent prendre les deux), et que l’option de sciences expérimentales disparaîtra pour celles et ceux qui ne voudraient pas se limiter à un « parcours » non scientifique. Quant à la diversité de l’offre, déjà mise à mal par la réforme de 2010, elle se verra encore amputée, puisque un seul enseignement facultatif pourra être choisi en classe de 1ère (au lieu de deux actuellement), parmi Arts, Latin-Grec, EPS, et une 3ème Langue vivante.

On voit finalement l’ensemble très cohérent et très rétrograde que forment tous ces projets de réforme : pour asservir un peuple, la répression ne suffit pas ; si la bourgeoisie détruit peu à peu le système éducatif qu’elle a elle-même mis en place, c’est qu’elle rêve désormais de faire entrer les masses populaires dans une nouvelle ère d’obscurantisme qui assurerait son maintien au pouvoir.

La Parti Communiste Révolutionnaire de France se tiendra résolument aux côtés de toutes celles et tous ceux qui organiseront une riposte massive contre ces projets de réformes réactionnaires, pour la défense de l’école publique, de la maternelle à l’Université.

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