Mobilisation contre le pouvoir du Capital monopoliste et sa violence de classe !

Déclaration du Secrétariat du Parti Communiste Révolutionnaire de France

Le gouvernement Macron révèle sa faiblesse devant la détermination des masses populaires mobilisées autour des "Gilets jaunes" : après avoir joué le pourrissement et l’autorité, Macron est contraint d’annuler les taxes indues qu’il avait voulu imposer. C’est une première victoire. Elle en appelle d’autres, à condition que le mouvement ouvrier organisé fasse sa jonction avec le mouvement largement spontané qui s’est développé.

Ce que révèle le mouvement de révolte en cours, c’est le caractère insupportable du capitalisme, où une petite minorité s’enrichit sur le dos de l’immense majorité du peuple travailleur, parce que la minorité possède les entreprises, les banques, les grands commerces, et que la majorité - les travailleurs manuels et intellectuels, la paysannerie laborieuse, mais aussi la masse des PME - travaille pour elle ! Pour s’enrichir encore plus, cette minorité recourt à la spéculation, à la fraude fiscale, à l’exportation légale ou illégale des capitaux vers des paradis fiscaux, comme en témoigne l’affaire Carlos Ghosn après de nombreuses autres. Rappelons que dans les six derniers mois, entre autres, deux ministres ont dû quitter le gouvernement et que le secrétaire général de l’Élysée fait l’objet d’une enquête ! Mais surtout, cette minorité qui possède les capitaux, s’attaque aux conquêtes sociales, au droit à la santé, à l’éducation, au logement. Elle trouve que les chômeurs touchent trop, que les travailleurs doivent travailler plus et plus longtemps, que les retraités coûtent cher et qu’ils sont privilégiés. Mais elle trouve parfaitement normal que les possesseurs de fortunes soit exonérés pour diverses raisons, que les entreprises n’aient plus à payer les cotisations sociales et qu’elles reçoivent les aides publiques !

Personne ne conteste que les Gilets Jaunes ont leur faiblesse : mouvement informel, non organisé, rejet de la politique en tant que telle (donc rejet de l’idée de révolution sociale) et du syndicalisme (donc de l’action permanente dans les entreprises et le pays contre le patronat et sa politique). Ils sont l’expression d’une énorme colère, mais l’absence d’organisation ouvre la porte à des manipulations par l’extrême droite fascisante, par le pouvoir, en utilisant les « Blackblocs » et les provocateurs, mais aussi à l’infiltration par des éléments du lumpen-prolétariat. On ne gagnera rien contre la bourgeoisie, et au contraire, on risque d’isoler le mouvement, en s’attaquant à des magasins, à des succursales bancaires, à l’Arc de triomphe ou en brûlant des voitures ! Mais il faut dénoncer l’hypocrisie de ceux qui condamnent la violence des incendies de voiture, des pillages de magasin, des destructions, mais qui n’ont rien contre la violence de classe des fermetures d’usine, des bas salaires, des fins de mois difficiles, de la remise en cause du droit du travail et de la Sécurité sociale !
Ceux qui crient "Personne n’aime la police !" ont tort. Ceux qui lancent des projectiles contre la police et puis se cachent dans la foule pour qu’elle soit chargée sont de vulgaires provocateurs. Ceux qui pensent que s’affronter avec la police est une fin en soi, un sport, confondent la lutte contre la bourgeoisie monopoliste avec le jeu du gendarme et du voleur.

Mais pour autant, réduire les événement du samedi 1er septembre à cela, c’est oublier la violence policière, l’arrogance d’une partie de la police, sa tendance à régler les conflits à la place de la justice. C’est oublier la chasse aux jeunes, les tracasseries quotidiennes dans les quartiers populaires, alors que rien n’est fait contre les trafiquants. C’est oublier la chasse au faciès dans les contrôles d’identité. Depuis l’état d’urgence de 2013-2017 (dont les dispositions sont entrées sous Macron dans la loi générale), la liberté de manifester est piétinée : confiscation de drapeaux, interdiction de quitter les périmètres avec des badges ou des autocollants, encadrement des cortèges par des forces policières militarisées, contrôle d’identité intempestif, et violences policières déployées : gaz lacrymogènes pour n’importe quoi, canons à eau, matraquage indiscriminé. Et pour couronner le tout, une pseudo justice de flagrant délit : parmi les personnes arrêtées le 1er décembre, pas de casseurs mais des travailleurs, des gens socialement très modestes qui n’ont fait que se défendre et qui voulaient manifester sur les Champs-Élysées, que l’on condamne à de lourdes peines parce qu’ils sont pauvres, qu’ils sont des "gens de rien" ou des "sans dents" comme Macron et Hollande les qualifient.

Alors qu’on nous épargne les couplets sur la violence des manifestants, quand le Président de la République n’a de cesse, par ces remarques de petit marquis d’Ancien Régime, d’agresser le monde du travail, les milieux populaires, lui qui restera dans l’histoire comme le "Président des Riches", qualification que même Giscard d’Estaing n’a pas eue !

Dans la situation actuelle, une lourde responsabilité pèse sur les directions syndicales  : face à des revendications légitimes, face à des participants à un mouvement social d’ampleur, elles font la fine bouche ! Depuis des années, les directions syndicales se révèlent incapable d’exprimer la colère des travailleurs, d’entraîner la classe ouvrière et les couches populaires dans l’action contre la politique des monopoles et de l’oligarchie.

Dans le mouvement social en cours, le mouvement syndical ne joue pas son rôle, parce qu’il est dirigé par des gens qui n’ont d’autres objectifs que de mieux gérer le capitalisme, qui ont abandonné l’objectif, posé par la Charte d’Amiens, qu’il fallait en finir avec la domination capitaliste en "expropriant les expropriateurs". La domination réformiste du mouvement syndical joue le rôle de frein du mouvement populaire. En 2017, on a vu les dirigeants syndicaux appeler à voter pour Macron sous prétexte de battre Le Pen. C’était choisir entre la peste et le choléra. La preuve ? Aujourd’hui, les macronistes nous disent que Macron a été élu et qu’il applique son programme, ce qui est vrai ! Alors que l’intérêt des travailleurs, c’était, tout en rejetant Le Pen, de refuser de cautionner la politique d’attaque sauvage contre la classe ouvrière et les couches populaires, contre les libertés démocratiques, et de faire en sorte que le pouvoir politique soit le plus faible possible.
Mais c’est aussi l’acceptation des conditions indignes de manifester pendant l’état d’urgence, l’absence d’appel à la grève, remplacée par des journées d’action saute-mouton destinées à donner le change, et l’absence d’une réelle mobilisation de toute la classe autour de conflits clefs comme celui des Contis, des GoodYears, et dernièrement des cheminots.

Cette fois-ci, la coupe est pleine avec un communiqué commun des organisations syndicales qui est une véritable trahison de ceux qui luttent. D’abord parce qu’il réintroduit la CFDT, la béquille des capitalistes et de leurs gouvernements qu’ils soient de droite ou du Parti socialiste : pensons à son soutien au plan Juppé contre la Sécurité sociale en 1995, aux remises en causes du droit à la retraite, à la loi sur les mutuelles complémentaires, aux plans de licenciements, aux lois Travail, à la loi Macron, au démantèlement des statuts de la SNCF, à ceux d’EDF, etc. La CFDT, qui est le porte-parole de l’Union européenne en matière sociale. Dans ce communiqué, les directions mendient un rendez-vous avec l’Élysée ou Matignon ! Elles réclament "d’être écoutées" lors "un vrai dialogue social". Elles prétendent que le gouvernement aurait "ouvert les portes du dialogue" et "qu’elles s’y engageront". Qu’il faut créer "les conditions sociales d’une transition écologique" (l’argument-prétexte du gouvernement) ; pour terminer sur une condamnation de facto des manifestations : "le dialogue et l’écoute doivent retrouver leur place dans notre pays. C’est pourquoi nos organisations dénoncent toutes formes de violence dans l’expression des revendications." Il s’agit bien là de l’alignement sur la politique de la CFDT, mais aussi et ouvertement sur celle de la pseudo Confédération Européenne des Syndicats, en réalité la filiale de l’UE, pour le mouvement ouvrier. À l’opposé, la Fédération syndicale Mondiale exprime sa pleine solidarité aux travailleurs français et à sa jeunesse.
Nous appelons les travailleurs dans les entreprises à condamner ce communiqué. Après un tel communiqué, comment s’étonner de la méfiance des Gilets Jaunes ?

Le Parti Communiste Révolutionnaire de France salue les Gilets Jaunes et leur première victoire. Il appelle à ne pas céder devant l’intimidation du gouvernement et à se rassembler massivement dans les manifestations du samedi 8 décembre, à rejeter les éléments provocateurs qui ne peuvent qu’affaiblir le mouvement. Il faut obtenir le retrait de l’augmentation de la CSG pour les retraités, le rétablissement des allocations logements, l’augmentation des salaires et des pensions, le retrait des lois anti-démocratiques et de l’ensemble des lois fiscales qui profitent à l’oligarchie financière, qui exonèrent de cotisation sociale les patrons.

Que le 8 décembre soit une défaite du pouvoir des monopoles et des banques, du gouvernement Macron et par là un désaveux du syndicalisme "jaune" sans gilet !

Secrétariat du PCRF
Paris, le 6 décembre 2018

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