Lutte des enseignants-chercheurs : Non à la loi du Capital dans la Recherche et le Supérieur !

Le jeudi 5 mars 2020, plusieurs milliers de chercheurs et d’étudiants ont débuté un vaste mouvement de grève et d’actions spectaculaires (empilement de chaises vides sur un campus à Grenoble, « déambulation festive » à Aubervilliers, des blocages dans de nombreux établissements, comme à Sciences-Po Paris et Lille, à Paris 13 et à la faculté d’Aix-Marseille, des kermesses, des flash mobs, des concerts, des cours alternatifs…), mouvement organisé par la Coordination nationale des facs et labos et relayé par l’ensemble des syndicats du Supérieur, pour dénoncer le système de financement conditionné à la sélection de projets, système que le gouvernement Macron/Philippe veut renforcer.

Alors que la situation de l’enseignement supérieur et de la recherche en France est déjà catastrophique, avec des crédits réguliers en forte diminution depuis plusieurs décennies, le système de crédits en fonction des projets est massivement rejeté par les enseignants-chercheurs : chronophage, générateur de compétition entre équipes, de précarité (déjà 130.000 vacataires font fonctionner les universités, et à l’Inserm, certains laboratoires tournent avec 60/70% de CDD...), de vision à court terme ; bref, avec ce mode de financement, la perspective est celle d’une aggravation de la perte de potentiel de recherche.
La création des recrutements en CDD, parallèlement à ceux de la Fonction publique, et des contrats bornés par la durée du projet donné, inquiète également les enseignants-chercheurs : ce type de contrat s’inscrivant dans le système des crédits conditionnés à la sélection de projets, il risque également de renforcer la précarité et de grandement casser les conditions de travail.

Rappelons que l’organisme chargé de ce financement, l’ANR (Agence nationale de recherche), a été créé en 2005 par le gouvernement Raffarin, et que depuis 2014 (donc sous Hollande...), ses prérogatives ont été élargies : « développement des recherches fondamentales et finalisées, innovation technique et transfert de technologies ainsi que le partenariat entre le secteur public et le secteur privé ». Cette agence a donc pour rôle de faire pénétrer les logiques capitalistes dans la Recherche et l’Enseignement supérieur, et de soumettre ces services publics aux intérêts des monopoles et de l’impérialisme français.

La mobilisation des enseignants-chercheurs et étudiants s’inscrit dans le cadre d’une opposition à la future loi de programmation en cours de finalisation, qui, à travers 3 rapports, prévoit notamment non seulement le renforcement du financement sur projets, mais aussi la possibilité d’imposer plus de 192 h annuelles aux enseignants-chercheurs et la fin du paiement des heures supplémentaires.
Macron prétend vouloir consacrer 3% du PIB à la recherche. Mais la politique de son gouvernement s’inscrit dans la continuité de celle menée par le grand capital depuis plusieurs décennies, et ce quel que soit le gouvernement : d’abord casser le service public de la recherche et de l’enseignement supérieur, ensuite le privatiser, puis finalement le soumettre aux intérêts des monopoles avides d’accroissement des profits et de conquête des marchés, dans le cadre d’une compétition internationale toujours plus exacerbée.

La source première d’une telle dégradation est à chercher dans l’évolution du système socio-économique qu’est le capitalisme à son stade impérialiste : son obsolescence se révèle chaque année un peu plus, à mesure que s’accroît sa crise structurelle, menant le pays vers l’impasse politique, économique, sociale, culturelle, écologique, et bien sûr scientifique. Comment oublier qu’en 2002 pour la Dengue, puis en 2003 au moment de l’épidémie SRAS (catégorie des coronavirus), des programmes de recherche ont été lancés ; des résultats ont émergé en 2004, mais l’épidémie s’éloignant, les crédits de recherche ont disparu, jugés trop onéreux ou pas assez profitables... "Avec mon équipe, nous avons continué à travailler sur les coronavirus, mais avec des financements maigres et dans des conditions de travail que l’on a vu peu à peu se dégrader. Quand il m’arrivait de me plaindre, on m’a souvent rétorqué : « Oui, mais vous, les chercheur·ses, ce que vous faites est utile pour la société… Et vous êtes passionnés », témoigne Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille (son équipe travaille sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus).

La question de l’alternative à ce système se fait toujours plus pressante. Car la société est aujourd’hui confrontée à la multiplication des catastrophes naturelles et écologiques, à l’appauvrissement des sols et à la destruction des écosystèmes due à la pollution et au gaspillage des ressources permis par le capitalisme.

Le PCRF est aux côtés des travailleurs de la Recherche et du Supérieur pour exiger le retour au système de crédits réguliers attribués aux labos et aux établissements, avec la liberté de la recherche, la titularisation de tous les précaires et la revalorisation générale des rémunérations est nécessaire.
Mais il est aussi fondamental d’élaborer un nouveau mode de fonctionnement pour l’enseignement supérieur et la recherche, afin de répondre à ces nouveaux enjeux. Et cette alternative correspond à un choix politique, qui passe par le renversement révolutionnaire du capitalisme-impérialisme, par la socialisation des moyens de production et d’échange, permettant à la nouvelle société de donner une place centrale à la recherche et à l’enseignement supérieur et de répondre ainsi aux besoins de la population.

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