Le socialisme en République Populaire Démocratique de Corée (Corée du Nord)

Des militants du PCRF invités à la Délégation générale de la RPDC (Corée du Nord) le 8 octobre : un moment important de notre solidarité internationaliste !

Le samedi 8 octobre 2022, une vingtaine de militantes et militants du PCRF proches de la région parisienne ont été accueillis à la Délégation générale de la RPDC (équivalent d’une ambassade, puisque le gouvernement français refuse toujours de reconnaître la République Populaire Démocratique de Corée…). Pendant plus de 3 heures, ils ont pu échanger avec le camarade Délégué général de la RPDC sur le thème du socialisme en Corée.

Pour commencer, le Délégué général (DG) a rappelé le contexte historique difficile dans lequel sont nés le Parti du Travail de Corée (PTC) puis la RPDC : la lutte de libération nationale, dans la première moitié du 20ème siècle, contre l’occupant japonais, puis les années de guerre, d’abord jusqu’en 1945 puis contre les États-Unis jusqu’en 1953, avec la victoire des forces de la Corée du Nord et l’armistice impliquant la séparation de la péninsule coréenne entre les deux États de Corée du Sud (sous domination états-unienne) et de la RPDC. Le sang versé par les Coréens contre l’occupant marquera et caractérise la lutte pour le socialisme en Corée.

Le DG a également évoqué les caractéristiques de la révolution démocratique que devait mener le PTC pour réaliser la révolution socialiste du pays : il s’agissait d’abord d’une nécessaire orientation antiféodale, anti-impérialiste, associant réforme de la terre (création de coopératives agricoles) et nationalisation des industries fondamentales. En 1945, la construction d’un État pour la Corée et au service des travailleurs nécessitait une participation particulière et active des intellectuels, ce qui se traduira symboliquement par le stylo qui orne l’emblème du PTC avec la faucille et le marteau.

De nombreux obstacles sont apparus, dans ce processus : d’abord la concentration des attaques américaines, aux portes de la RPDC et au niveau international à travers les sanctions imposées ; puis la chute de l’URSS, qui a renforcé l’isolement de la RPDC ; et dernièrement, la pandémie de Covid-19, qui a contraint la RPDC à une fermeture totale de ses frontières. D’où la nécessité de mener de front le développement d’une capacité de dissuasion inédite et le développement économique du pays.

C’est de ces situations qu’est né le concept de « Juché », développé par le premier dirigeant Kim Il-Sung, théorie fondée sur les 3 axes de l’indépendance, de l’autosuffisance économique et de l’auto-défense, assurées par et pour les masses populaires.

Le système politique, en RPDC, s’appuie sur le rôle dirigeant du PTC, dont la composition doit être représentative des diverses composantes de la société (ouvriers, paysans et intellectuels), et qui donne l’orientation politique à l’Assemblée populaire suprême (le Parlement).

Sur le plan économique, le PTC et le gouvernement doivent adapter régulièrement les plans quinquennaux aux difficultés évoquées ci-dessus, mais aussi aux problèmes liés au changement climatique (sécheresse, inondations…). Sur les bases socialistes, avec le développement permanent de la production des moyens de production, pour pouvoir utiliser les techniques les plus modernes, la priorité actuelle est donnée au développement de l’agriculture et de l’industrie légère, et une attention particulière est portée sur l’industrie chimique, pour pallier le manque de pétrole et les effets des sanctions.

Autres priorités sociales : la question du logement, y compris dans les campagnes (vaste plan quinquennal de construction de logements, qui nécessite à la fois l’augmentation de la production de ciments et du nombre d’ingénieurs du bâtiment dans les régions) ; le développement des sciences et techniques (recherche de nouvelles sources d’énergie), de l’éducation et de la santé publique, pour laquelle l’épidémie de Covid a mis en avant son besoin de modernisation.

Enfin, la politique extérieure de la RPDC repose sur 3 principes intangibles : indépendance, paix, amitié avec les pays socialistes. Les liens sont forts et historiques avec Cuba : en 1962, le dirigeant Kim, en pleine crise des missiles, déclara « on reste », tandis que la question d’évacuer se posait ; quant au CHE, en 1965 en visite en RPDC, il déclara : « la RPDC est un modèle dont Cuba devrait s’inspirer ». C’est dans ce cadre que sont renforcées les relations entre le PTC et les forces progressistes dans le monde. L’affrontement entre le socialisme et l’impérialisme est inévitable (théorie léniniste de l’impérialisme).

Après cette introduction du Délégué général, la rencontre s’est poursuivie pendant plus de 2 heures, à travers les nombreuses questions posées par les participants.

S’agissant des formes prises par le pouvoir du prolétariat, dans l’État socialiste de Corée, et de l’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie, le DG a précisé les différentes étapes de la révolution coréenne : d’abord limiter l’action des forces réactionnaires par la participation démocratique des travailleurs dans des comités populaires (dans les villages, communes et régions), puis assurer la construction du pouvoir politique populaire, avec le rôle dirigeant du PTC et la création de la RPDC en 1948. L’alliance avec la paysannerie passe encore par le maintien d’une forme d’usage privé de lopins de terre dans les coopératives, mais d’abord par le développement de la technologie dans les campagnes et l’amélioration des conditions de vie des paysans, afin de réduire les différences trop grandes entre les villes et les campagnes. Il est apparu que si les fermes d’État du type « sovkhozes » sont l’objectif du socialisme, ce développement est freiné par le besoin d’une haute rentabilité dans ce type de fermes, rentabilité rendue plus compliquée par la géographie et la géologie coréenne (qualité et quantité des sols, reliefs montagneux). C’est pourquoi les camarades coréens s’appuient par exemple sur l’extension de polders pour implanter des fermes d’État de haute technologie et agronomie.

Et l’économie socialiste (commerce extérieur, planification, nationalisation, salaires, lutte contre la bureaucratie…) ?
Quelques éléments de réponse à ces nombreuses questions ont été donnés par le DG :

Dans le cadre de l’économie d’État planifiée, le commerce extérieur est monopolisé par l’État. La gestion et la direction de l’économie sont intrinsèquement liées à la direction politique du gouvernement. Le Plan est le point de départ du développement de l’économie socialiste. Les plans socialistes ne peuvent jouer un rôle mobilisateur que si les organismes de planification tablent sur les éléments nouveaux, progressistes, qui naissent dans la pratique de l’édification communiste, dans l’œuvre créatrice des masses (voir Manuel d’économie politique, édition 1954). La ligne fondamentale - même si tout est socialisé, les usines gardent donc une certaine indépendance pour accomplir le Plan - est celle de servir les intérêts du peuple. D’où la demande de développer la créativité sans pour autant laisser s’installer une forme d’anarchie, ce à quoi sert le comité d’organisation de l’État, qui planifie la production en préservant l’équilibre nécessaire entre les différents secteurs de l’économie.

S’agissant des salaires, c’est une préoccupation, mais il est important de ne pas donner trop d’importance à l’argent gagné individuellement, au détriment de la mentalité collective. La bureaucratie existe, mais elle est contenue, grâce à une lutte permanente contre la corruption, et à travers l’éducation et la formation idéologique ; dans ce sens, les cadres ont bien sûr une haute responsabilité, doivent montrer l’exemple et sont très sévèrement condamnés s’ils manquent à leurs responsabilités dans ce domaine.

L’éducation étant considérée comme décisive dans la construction du socialisme, le DG a exposé les axes prioritaires, fixés lors du dernier Con-grès du PTC : amélioration du contenu et de la qualité d’enseignement, pour contribuer notamment au développe-ment de la science et de la technologie. Les camarades se sont aperçus que l’enseignement déviait trop sur la distorsion « des bonnes notes pour des bonnes notes », et qu’il fallait essayer de revoir les programmes pour mieux être dans la compréhension et l’adaptabilité à solutionner des problèmes variés. L’importance donnée à l’éducation et à la jeunesse s’exprime jusque dans les transports collectifs où des places sont même réservées prioritairement aux professeurs.

S’agissant plus précisément de la formation des cadres du Parti (question posée par un militant de l’UJC), le DG a énuméré les principaux fondements de cette formation : éducation, organisation et discipline dans la pratique, unité et camaraderie, travail au cœur de la population pour ac-cumuler les expériences formatrices.

La question de la réunification est venue, et le DG a confirmé qu’il s’agissait d’une aspiration très forte du peuple coréen. Mais l’exigence première est celle de l’indépendance de la Corée du Sud à l’égard des États-Unis, même si la RPDC ne souhaite pas brusquer les choses et a par exemple accepté, dans les discussions bilatérales avec le gouvernement sud-coréen, de ne pas exiger le retrait immédiat des investissements étrangers dans cette partie du pays. Mais actuellement, avec le niveau d’agressivité atteint par l’axe USA-Corée du Sud à l’encontre de la RPDC, le blocage est quasi complet. Le DG réaffirme que l’utilisation du nucléaire ne se fera qu’en cas de menace imminente des intérêts vitaux de la RPDC, que le pays est pour un règlement pacifique des sujets régionaux et notamment de la question de Taïwan dans la péninsule.

La rencontre s’est achevée sur un moment de convivialité fraternelle, d’abord avec le Délégué général et son conseiller, que nous avons chaleureusement remerciés pour leur accueil ; puis entre les camarades du PCRF invités, qui se sont retrouvés autour d’un repas et ont exprimé leur satisfaction d’avoir pu participer à ce moment de formation et de solidarité internationaliste avec le grand peuple de la République Populaire Démocratique de Corée.

La discussion a démontré que les lois économiques et les traits généraux du socialisme ont des bases réelles en Corée. Tous les présents ont pu mesurer combien il est précieux aujourd’hui de pouvoir comprendre la construction concrète du socialisme en échangeant avec ceux qui luttent pour le construire quotidiennement.

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