[KKE] Mouvement Communiste International : état des lieux

Fin décembre 2021 s’est tenue une téléconférence internationale des Partis Communistes et Ouvriers, à l’issue de laquelle, un mois plus tard, le Parti Communiste de Grèce (KKE) a publié une analyse sur les "Aspects de la lutte idéologico-politique dans les rangs du mouvement communiste international".

Nous vous invitons à lire ci-dessous quelques extraits de cette analyse, à laquelle souscrit pleinement le PCRF  :

Les principales questions abordées lors de la réunion

Les contributions des Partis ont mis en évidence des aspects de leur activité, ainsi que les approches de chaque Parti sur les principaux développements internationaux et nationaux. Ils ont exprimé leur solidarité avec le PC de Cuba et le peuple cubain en général, qui luttent depuis des décennies contre le blocus des impérialistes. Ils ont également exprimé leur solidarité avec le peuple palestinien qui lutte pour ses droits.

Toutes les contributions sont publiées sur le site de SOLIDNET, ainsi que le texte des Actions conjointes qui a été approuvé et présente des actions conjointes et convergentes que les PC développeront en 2022. Ces actions concernent les droits ouvriers populaires, le renforcement des systèmes de santé publique, contre l’anticommunisme et la distorsion de la contribution historique de l’URSS et du socialisme, en utilisant des anniversaires marquants tels que la fondation de l’URSS le 30 décembre 1922, ainsi que des actions de solidarité avec les communistes et autres militants qui subissent la persécution et les interdictions, des actions contre les guerres impérialistes et les interventions, contre l’OTAN et les autres alliances militaires impérialistes, contre les bases étrangères, pour la mise en évidence de la nécessité, de l’opportunité et du réalisme du socialisme comme seule solution alternative au capitalisme.

L’empreinte de la lutte idéologico-politique au sein du Mouvement communiste international

Des questions idéologico-politiques cruciales continuent d’affecter le mouvement communiste international. En outre, les réunions internationales sont suivies par des partis tels que le PC français ou le PC espagnol, qui ont joué un rôle de premier plan dans le courant opportuniste du soi-disant « eurocommunisme », et d’autres partis qui participent au « pilier » de l’actuel centre opportuniste européen, le soi-disant « Parti de la gauche européenne » (PGE) et GUE/NGL, le groupe « de gauche » au Parlement européen, qui, comme nous l’avions évalué, a glissé vers une sorte de représentation du PGE au Parlement européen ; des partis qui ont rejeté le marxisme-léninisme ainsi que la faucille et le marteau, et qui incriminent la construction du socialisme en URSS.

Le débat sur la question de la participation aux gouvernements bourgeois

La question de la participation ou du soutien des PC aux gouvernements « de gauche » et « progressistes », qui émergent dans le contexte de la gestion du capitalisme, continue d’être un point crucial dans les confrontations idéologico-politiques. Tout d’abord, parce que les partis qui suivent cette position politique avec diverses constructions idéologiques, telles que « l’humanisation » du capitalisme, la « démocratisation » de l’UE, les « étapes vers le socialisme », et la soi-disant rupture avec la politique de droite, alimentent des illusions sur la gestion du capitalisme, blanchissent le sale rôle de la social-démocratie et concentrent leurs critiques sur une forme de gestion bourgeoise, c’est-à-dire le néolibéralisme. Ces forces méconnaissent et sous-estiment les lois régissant l’économie capitaliste et le caractère concret et irréversiblement réactionnaire de l’État bourgeois, qui n’est annulé par aucune forme de gestion bourgeoise. Ces forces remettent la lutte pour le socialisme à la « perspective à long terme » et prennent en pratique d’énormes responsabilités devant les peuples, puisqu’elles refusent d’accomplir le travail quotidien ardu de regrouper les forces sociales qui ont intérêt à entrer en conflit avec les monopoles et le capitalisme.
Ainsi voit-on que ces PC mettent l’accent sur des solutions gouvernementales de gestion, allant jusqu’à voter les dépenses militaires pour les besoins de l’OTAN et des missions impérialistes (par exemple dans la bande sahélienne) ou remplaçant la demande de retrait du pays de l’OTAN par une vague demande de sa « dissolution ». On peut voir le résultat de cette politique en Espagne, où le PC d’Espagne participe à un gouvernement qui gère la pandémie de manière barbare et antipopulaire, prend de nouvelles mesures anti-ouvrières basées sur les orientations de l’UE, et prend même des mesures visant à saper Cuba, alors qu’il participe aux plans de l’OTAN.

La confusion autour de la notion d’impérialisme

Les mêmes forces abordent en fait l’impérialisme non pas en utilisant des critères léninistes, c’est-à-dire en tant que capitalisme dans sa phase monopoliste, mais simplement en tant que politique étrangère agressive. Ce faisant, ils oublient qu’à notre époque, les monopoles, les États capitalistes et leurs unions s’affrontent pour les matières premières, l’énergie, les richesses minérales, les voies de transport des marchandises et les parts de marché. Pire encore, certains Partis rejettent l’idée que la concurrence entre les monopoles est à la base de l’exacerbation des contradictions au niveau international.
Pour ces Partis, la question est axée sur la politique étrangère agressive des États-Unis, de l’OTAN ou de certaines autres grandes puissances,interprétant unilatéralement l’« agression impérialiste » et proposant le soi-disant « monde multipolaire » comme solution. Cependant, la position qui limite l’impérialisme aux États-Unis ainsi que celle selon laquelle la coexistence de nombreux « pôles » internationaux permettrait à un pôle de contrôler l’autre et aboutirait à un « monde pacifique », sont toutes deux complètement trompeuses pour les peuples. Elles occultent la réalité. Elles nourrissent l’illusion qu’il peut y avoir un impérialisme « non agressif », un capitalisme soi-disant « en faveur de la paix ».

Le KKE et d’autres partis ont critiqué des vues similaires qui ont été avancées au siècle dernier, à la fois par des forces opportunistes en Europe et par le PCUS, en particulier après son virage opportuniste lors de son 20ème Congrès, lorsque la ligne de « compétition pacifique » des deux systèmes socio-politiques prévalait.

La coopération « antifasciste » avec des forces bourgeoises

Certains partis sont dans la confusion, par le fait que le système capitaliste dans divers cas utilise le « chien de garde » du système, c’est-à-dire diverses forces fascistes, pour promouvoir des plans des classes bourgeoises, comme en Ukraine. Même certaines forces qui reconnaissent que le fascisme est la création du capitalisme, ont tendance à détacher cette question de la lutte contre le capitalisme et sont amenées à la notion d’une collaboration « antifasciste » avec des forces bourgeoises ou de leur soutien.

Aujourd’hui, l’évaluation du KKE, à la suite de l’étude de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, devient cruciale en ce qui concerne les développements internationaux. Cette guerre était impérialiste et injuste, tant de la part des puissances capitalistes fascistes que de la part des pays capitalistes « démocratiques », ces puissances ayant également commis de grands crimes contre l’humanité, comme les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki. Cette guerre n’était juste que du côté de l’URSS et des mouvements partisans et populaires de libération, dans les pays occupés, où les communistes jouaient un rôle de premier plan.

Cette position est directement liée à l’actualité, où les contradictions inter-impérialistes se manifestent en Ukraine : d’une part les États-Unis, l’OTAN et l’UE utilisent des forces fascistes en Ukraine pour leurs plans géopolitiques, et d’autre part, la Russie capitaliste promeut les intérêts de ses propres monopoles. Il est clair que les États-Unis, les unions impérialistes de l’OTAN et de l’UE, et les classes bourgeoises qui les ont formées, portent de lourdes responsabilités quant aux développements de l’escalade. Dans le même temps, la bourgeoisie russe porte également de lourdes responsabilités dans la situation actuelle. Tous ceux qui la composent aujourd’hui ont joué un rôle prépondérant dans la dissolution de l’URSS. Le mois de décembre 2022 porte la marque de 30 ans écoulés depuis cette dissolution. En 1992, Eltsine et les forces sociales et politiques qui l’ont suivi se sont évertués à démanteler l’URSS, ils ne se souciaient pas du tout, par exemple, de ce qu’il adviendrait de la Crimée, des millions de Russes et de russophones qui se retrouveraient hors de Russie, de tous ces gens. C’est donc une provocation de voir des politiciens qui soutenaient alors Eltsine dans le démantèlement de l’URSS, accuser aujourd’hui Lénine de la dissolution de l’URSS et nous appeler à une « lutte antifasciste » en Ukraine.

L’approche de la Chine aujourd’hui

En outre, la question de la confrontation idéologico-politique sur ce qu’est le socialisme est d’une importance cruciale. Il existe de nombreux partis qui déforment la notion de socialisme. Il y a quelques années, il y avait plusieurs théories sur le « socialisme du XXIe siècle » ou le « socialisme de bien-vivre », comme on appelait divers gouvernements sociaux-démocrates d’Amérique latine, qui ont essayé de gérer le système capitaliste avec des slogans promus comme « radicaux » et des mesures pour atténuer l’extrême pauvreté du peuple.
Aujourd’hui, l’attention se porte sur la Chine qui prétend construire « un socialisme à la chinoise ». Cependant, ce qui s’y construit n’a rien à voir avec le socialisme ou les principes et les lois scientifiques de la construction socialiste. Le socialisme signifie la socialisation des moyens de production, le pouvoir ouvrier et la planification centrale. Rien de tout cela n’existe en Chine aujourd’hui, où les monopoles chinois déterminent les développements et promeuvent leurs choix à travers le PC chinois, conduisant, entre autres, à d’énormes inégalités et injustices sociales.
Cette question n’a pas seulement un aspect théorique, mais aussi un aspect directement politique, lié à la lutte entre les États-Unis et la Chine pour la suprématie dans le système impérialiste.

La question de la lutte pour la suprématie dans le système impérialiste

Cette question n’est pas simple, car la vie a montré que dans des cas similaires, lorsque la suprématie dans le système impérialiste a été contestée, des conflits militaires majeurs ont eu lieu, avec l’implication de dizaines de pays et un nombre énorme de morts pour les intérêts capitalistes qui sont en conflit.
Aujourd’hui, les États-Unis restent la plus grande puissance impérialiste politico-économique et militaire du monde, suivis de près par la Chine. En raison de la loi de la croissance capitaliste inégale du capitalisme, nous voyons des monopoles chinois occuper des positions de premier plan sur le marché capitaliste mondial ainsi que dans l’exportation de marchandises et de capitaux.
Malheureusement, certains PC essaient à tort d’utiliser à nouveau les formes du passé, parlant d’une nouvelle « guerre froide », à la différence que maintenant ils mettent la Chine à la place de l’URSS contre les États-Unis. Cependant, la situation actuelle n’a rien à voir avec l’affrontement entre l’URSS et les États-Unis, puisque nous assistons aujourd’hui à un affrontement basé sur le conflit entre des monopoles, donc à un affrontement inter-impérialiste. Le KKE a souligné cette différence. D’autres partis, tels que le PC du Mexique et le PC du Pakistan, ont souligné le caractère capitaliste actuel de la Chine, tandis que le Parti communiste philippin [PKP-1930] a ouvertement parlé de l’hégémonisme expansif de la Chine contre ses pays voisins du Pacifique, un fait également utilisé par les États-Unis comme prétexte pour intervenir dans la région.
Il ne s’agit en aucun cas d’une question de lutte entre le capitalisme et le socialisme, comme le prétendent à tort certains partis, comme le PC du Brésil. Il est inopportun, pour les communistes, de mener des campagnes politiques, comme celle menée par le PC du Canada pour la libération de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, fille du président du monopole chinois, dont la fortune personnelle dépasse les 3,4 milliards de dollars, qui était brièvement détenue à cause de l’affrontement féroce entre les monopoles de haute technologie. Il n’appartient pas à un PC d’organiser une mobilisation pour une femme d’affaires, dont la caution a atteint 7,5 millions de dollars, et ce même à un moment où des communistes dans des dizaines de pays sont traînés en justice (ex. Ukraine, Pologne), emprisonnés (ex. Swaziland), persécutés (ex. Kazakhstan), tués de sang-froid (ex. Pakistan, Inde), et ont besoin de notre solidarité internationaliste.
Il convient de noter que le KKE a envoyé des députés, des eurodéputés et d’autres cadres aux procès de communistes et de Partis persécutés en Ukraine, en Pologne, dans les pays baltes dans le passé ; il a dénoncé des meurtres et des persécutions contre des communistes dans d’autres pays comme le Pakistan, le Kazakhstan, le Soudan, l’Inde, le Venezuela ; il a soulevé de telles questions au Parlement européen.

Sur la question de « l’unité »

Il ne peut y avoir une « unité » artificielle avec des forces contestant et révisant les fondements du marxisme-léninisme, tels que les principes de la révolution et de la construction socialistes, au nom de l’idée : « Restons-en aux choses qui nous unissent pour l’instant ». Une telle unité, au-delà de l’image fausse et trompeuse véhiculée aux communistes du monde entier, est également dangereuse, car les demi-vérités sont par essence des mensonges. De plus, cela cache les désaccords existant au sein du mouvement communiste et empêche la discussion pour les surmonter. Si les communistes n’ont pas une image claire du monde impérialiste contemporain et ne se concentrent que sur les États-Unis et l’OTAN ou sur le néo-libéralisme et le fascisme, en détachant tout cela de la cause qui les fait naître, c’est-à-dire le capitalisme et la nécessité de son renversement, ils seront conduits à des choix tragiques.

Sur l’évolution du regroupement révolutionnaire du mouvement communiste international (MCI)

Il est nécessaire de poursuivre et de mener ouvertement la confrontation idéologico-politique, de clarifier les problèmes. Nous ne sommes pas d’accord avec l’échange d’épithètes entre les partis, mais nous cherchons à mener une discussion substantielle. Nous recherchons également des actions communes et convergentes lorsqu’elles sont réalisables et notamment l’expression d’une solidarité internationaliste.

Nous soutenons les formes existantes d’échange de vues et de coopération entre les PC, telles que les réunions internationales, régionales et thématiques des PC.

Nous renforçons les formes de coopération les plus avancées du MCI, telles que « l’Initiative communiste européenne » (ICE) et la « Revue communiste internationale » (RCI), pour la formation d’un pôle communiste qui luttera pour le regroupement révolutionnaire et l’unité du mouvement communiste, équipée de notre idéologie, le marxisme-léninisme.

Le récent 21ème Congrès de notre Parti a élaboré des critères importants pour notre coopération plus étroite avec les Partis communistes, qui :
a) défendent le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien, la nécessité de former un pôle communiste au niveau international ;
b) luttent contre l’opportunisme et le réformisme, rejettent la gestion centre-gauche et tout autre variation de la stratégie d’étapes ;
c) défendent les lois scientifiques de la révolution socialiste avec lesquelles ils évaluent le cours de la construction socialiste, cherchent à enquêter et à tirer des conclusions des problèmes et des erreurs ;
d) ont un front idéologique contre les perceptions erronées sur l’impérialisme, en particulier celles qui détachent son agression militaire de son contenu économique, contre toutes les alliances impérialistes ;
e) tissent des liens avec la classe ouvrière, cherchent à agir au sein du mouvement syndical et des mouvements des secteurs populaires des couches moyennes, et à intégrer la lutte quotidienne pour les droits ouvriers-populaires dans une stratégie révolutionnaire contemporaine pour le pouvoir ouvrier.

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