Guerre en Ukraine : La militarisation s’emballe dans l’UE

Alors qu’en Ukraine, les armées russes accomplissent le scénario prévu d’avancées sur tous les fronts de la guerre, non sans quelques difficultés imprévues, les États capitalistes de l’UE mettent en scène un hâtif réveil militaire. Fait alors son apparition l’idée de la maladresse stratégique des pays de l’UE, et notamment des plus puissants (France, Allemagne, Italie, Espagne), qui auraient délaissé leurs armées pendant 75 ans dans cette Union Européenne qui, pas plus tard qu’hier, promettait la pax capitalista in saecula saeculorum. Les chroniqueurs de la presse capitaliste, les politiciens de droite et de gauche, les anciens chefs de tel ou tel état-major ou des officiers à la réserve sont invités à s’exprimer pourvu qu’ils secouent les bons épouvantails justifiant la montée en puissance de la militarisation dans les États de l’UE. La menace nucléaire immédiate russe est prise au sérieux, des spéculations plus hasardeuses les unes que les autres se multiplient sur l’usage des armes chimiques sur le sol ukrainien, et l’avancée technologique russe, illustrée par l’usage de missiles hypersoniques inarrêtables par les systèmes de défense occidentaux, semble faire froid dans le dos.

Dans la foulée de l’invasion russe en Ukraine, l’Allemagne annonce le 27 février se plier à la demande officielle de l’OTAN en 2014 à ses membres de porter leurs dépenses militaires à au moins 2% de leur PIB annuel, alors que jusqu’à maintenant, elle s’était contentée d’y consacrer 1,3%. Une énorme enveloppe de 100 milliards (deux fois le budget de la défense de 48 milliards) est également débloquée le jour même afin de moderniser l’armée. En France, dès le 17 février, un rapport parlementaire « Sur la préparation à la haute intensité », préparé par LREM, fait des préconisations en vue d’une réorientation stratégique des armées vers la guerre totale. Augmentation du budget militaire au-delà des prévisions de la Loi de Programmation Militaire (LPM), augmentation des forces aériennes et navales, préparation de stocks de munitions, prévisions de pertes civiles massives, etc. sont incluses dans le rapport. Dès début mars, Emmanuel Macron a repris ces arguments pour annoncer une forte augmentation du budget de l’armée. Si la LPM 2019-2025 prévoyait déjà un quasi doublement du budget militaire, il faut s’attendre à une forte militarisation en France à court et moyen terme. De quoi ravir les marchands de mort Dassault, Nexter, SAFRAN, Thalès, Airbus, etc, avec des centaines de milliards d’euros arrachés aux travailleurs par l’exploitation et les impôts.

L’armée européenne, toujours d’actualité ?

À côté de ces nouvelles dotations, la question stratégique de l’intégration des armées impérialistes sur le territoire de l’UE se pose. Si la question de l’armée européenne est un leitmotiv extrêmement courant dans la politique européenne de la France ces dernières années, force est de constater qu’elle s’est retrouvée isolée sur ce front pendant des années. Le Corps de Réaction Rapide Européen ou Eurocorps, non rattaché à l’UE mais composé de 5 membres permanents (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Luxembourg), a bien mieux réussi son rattachement à l’OTAN, dont il fait partie comme « force de haute disponibilité » qu’à cette dernière. La force impérialiste Takuba, renforcée des effectifs de l’opération Barkhane après l’annonce de la fin de celle-ci, est vendue comme le laboratoire de la « défense » européenne, alors qu’elle n’est nullement pilotée par l’UE, mais par 11 de ses membres (dont l’Allemagne ne fait pas partie) et sous commandement français. Après l’échec militaire et politique de Barkhane, qui aura quand même réussi à semer la panique et la mort au sein du peuple malien, et le « déménagement » au Niger de Takuba, l’intégration militaire européenne se trouve dans une impasse. Le SCAF, projet qui réunit depuis 2017 la France, l’Allemagne et l’Espagne pour le développement d’un système de combat aérien intégré à l’horizon 2030, présente des délais longs, des négociations ardues entre les monopoles pour la répartition des contrats et est en plus mis en cause par l’annonce en mars 2022 de l’achat par l’Allemagne de 35 F-35 étatsuniens hors de prix (surtout en maintenance...). Certes le Rafale n’est pas opérationnel pour porter les munitions tactiques nucléaires (B-61 Mod 12) qui intéressent l’Allemagne en remplacement de ses Tornados et le SCAF n’est qu’au stade du projet, mais Olaf Scholz jure que le SCAF « est une priorité absolue » pour l’Europe. Et Dassault a finalement pris la décision en mars de commencer la production du SCAF sans l’accord définitif allemand. Comme Airbus hélicopters, qui n’attend pas l’aval du groupe pour lancer la modernisation des hélicoptères d’attaques Tigre et se partage un premier contrat de 4 milliards avec les entreprises espagnoles. En plus de ces initiatives militaires impérialistes, en UE existe l’initiative PESCO qui relève plus de la coordination militaire que de l’intégration des armées et du commandement, où le rôle est plus d’ordre tactique, pour des expéditions « anti-terroristes » que stratégique.

En résumé, les initiatives prises en termes d’intégration des armées de l’UE se sont embourbées dans les contradictions des pays membres. Ces contradictions sont particulièrement visibles dans les différences entre la position française, qui en tant que première puissance militaire européenne et seule puissance nucléaire en UE, pourrait prétendre à une place privilégiée dans d’hypothétiques forces militaires européennes, et la position allemande, tournée vers l’alliance militaire avec les États-Unis dans le cadre de l’OTAN, car provisoirement en retard sur le leadership militaire français. Les contradictions sont toujours le fruit de concurrences et d’ententes entre monopoles. Il n’y a qu’à voir Thalès (monopole français) qui gagne le marché des optronics sur les nouveaux blindés … allemands, ou Boeing et Airbus helicopters (siège à Marignane) qui vont fournir les hélicoptères de transports lourds demandés par … Berlin.

L’OTAN, pompier pyromane

L’insuffisance de ces tentatives d’armée européenne ont été révélées au grand jour lorsque, devant la démonstration militaire russe en Ukraine, la panique des états-majors européens tourne ces derniers regards vers les États-Unis, à travers l’OTAN, comme seule force à même de « dissuader », selon les mots des états-majors, dans l’immédiat, la puissance militaire russe de dépasser les frontières de l’Ukraine dans son offensive vers l’ouest. Les déploiements militaires des États européens dans l’ouest ont été faits dans le cadre de l’OTAN. C’est dans ce cadre que la France a envoyé 550 militaires et le porte-avions Charles de Gaulle en Roumanie et des forces terrestres et aériennes en Estonie, Norvège et Pologne. L’Espagne a déployé des soldats et des avions en Bulgarie et a également renforcé sa présence en Mer Noire. L’Italie a des centaines des soldats en Lituanie et en Roumanie. Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN annonçait que les pays membres ont placé 40 000 soldats sous les ordres de l’alliance impérialiste, et a rappelé que les États-Unis disposent de 100 000 soldats sur le territoire européen. De même, le commandement de l’OTAN en Europe a été chargé de planifier un renforcement du dispositif militaire sur son flanc est. Avec le renforcement de ses effectifs, l’OTAN pourrait cumuler assez de forces dans la région non seulement pour dissuader la Russie de traverser les frontières de l’Ukraine, mais aussi pour potentiellement prendre l’initiative et s’engouffrer dans une guerre à grande échelle si elle en trouve l’opportunité et le bénéfice. Bien sûr, y compris dans le cadre de l’OTAN, chaque pays joue sa partition : il n’est pas anodin que la France soit basée essentiellement en Roumanie où la présence des monopoles français est forte (et les relations « francophones ») avec un accès sur la Mer noire. La guerre en Ukraine confirme aussi la bascule opérée par les Etats-Unis vers l’indo-pacifique (et la Chine) quand pendant des semaines Biden a dit de fuir l’Ukraine, qu’ils n’interviendraient de toute façon pas pour empêcher « l’invasion imminente », que Biden envoie 3000 pauvres soldats américains supplémentaires en Pologne. Les Etats-Unis veulent que l’Europe « se débrouille », mais dans le cadre de l’OTAN sous sa tutelle ! La Chine n’est évidemment pas exempte du sujet ukrainien. Fin janvier un article du Figaro rappelait qu’un accord bilatéral avait été passé entre la Chine et l’Ukraine à l’été 2021 pour des investissements dans les chemins de fer, les aéroports et les ports, ainsi que dans les infrastructures de télécommunications à travers l’Ukraine. Chine qui est désormais, devant la Russie, le plus grand partenaire commercial de l’Ukraine, réalisant 14,4% de ses importations et 15,3% de ses exportations. L’Ukraine a d’ailleurs décidé de retirer son nom d’une déclaration internationale sur les « violations des droits de l’homme » dans le Xinjiang.
L’Union inter-impérialistes que forme l’UE trouve dans la situation ukrainienne l’occasion de renforcer son entente de bandits. Un cap a été franchi en ce qui concerne l’envoi d’aide au gouvernement réactionnaire ukrainien, où l’UE a pour la première fois réalisé un financement commun d’armes en deux temps, pour un total d’un milliard d’équipement militaire. Après l’émission commune de 750 milliards d’euros de dette dans le cadre du plan de relance européen (mais toujours avec des pays « gagnants et des perdants »), c’est un pas en avant dans la direction d’une UE comme pôle indépendant d’entente des Etats impérialistes qui la composent avec des visées stratégiques. De même, l’accord AUKUS entre les États-Unis, l’Australie, et le Royaume-Uni pour une alliance militaire tournée vers le Pacifique marque un point de rupture avec l’UE.

Les divers pôles impérialistes dans le monde dressent leurs armes les uns contre les autres, et les travailleurs et travailleuses de tous les pays seront la chair à canon et les victimes civiles de la débâcle qui se dessine à l’horizon. S’il est de l’intérêt des monopoles capitalistes et de leurs États de faire la guerre, il est de l’intérêt des peuples de s’opposer à leurs plans et d’exiger la paix à travers la lutte. Ne leur octroyons pas le luxe de décider de notre sort, combattons toutes les aventures impérialistes !
Les organisations communistes révolutionnaires ont une forte responsabilité dans la lutte contre l’impérialisme et leur impérialisme français. Notre parti a fait publiquement des propositions d’action concrètes au mouvement communiste de France (MCF) il y a plus d’un an pour gêner l’impérialisme français (qui se déploie en Afrique et ailleurs), nous les refaisons encore.... Nous savons que le porte-avions français Charles de Gaulle (CDG) a pris depuis un moment le commandement de la flotte de l’OTAN en méditerranée. Pame et KKE viennent de manifester dans la zone portuaire contre l’arrivée du CDG au port de Pirée. Nous devons concrètement tout faire pour gêner les plans de l’impérialisme français aux ports de Marseille ou de Toulon où transitent les navires militaires, ou à Mont de Marsan, à Annecy, à Varces et dans le Vaucluse, etc, aujourd’hui bases de départ des troupes et avions français pour la frontière de l’Ukraine. Il n’y a bien que les communistes marxistes-léninistes et les syndicats de classe qui impulseront le travail contre les guerres de nos impérialismes.

De l’argent pour la santé et l’éducation, pas pour les canons !
Dépenses pour les besoins populaires, pas pour les guerres !
Non à la guerre impérialiste des monopoles capitalistes, oui à la paix fraternelle et durable entre les peuples et au Socialisme-Communisme !

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