Fin de conflit au Haut-Karabagh : Quel avenir pour la région ?

Le mardi 10 novembre 2020, après six semaines de combats très rudes, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont signé, sous l’égide de la Russie, un accord pour mettre fin au conflit armé dans le Haut-Karabagh. Cet accord scelle les victoires territoriales de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabagh et sonne comme un aveu de défaite en Arménie. Les parties ont également accepté le déploiement d’un contingent russe de « maintien de la paix » de près de 2 000 hommes.

Il est impossible de comprendre la situation dans la région sans une analyse approfondie des contradictions inter-impérialistes turques et russes. La bourgeoisie arménienne est une bourgeoisie compradore et elle est gangrénée par des luttes internes pour le pouvoir. Par conséquent, le pays s’est retrouvé non préparé pour la guerre. Cependant, la bourgeoisie azerbaïdjanaise, forte de ses revenus pétroliers, a beaucoup investi dans l’achat d’armement moderne. En déclenchant cette guerre, avec l’aide de la Turquie, guerre qui s’est avérée victorieuse pour l’Azerbaïdjan, elle espère temporairement éteindre les contradictions de classe à l’intérieur du pays, ce qui permettra au clan Aliyev de rester au pouvoir un certain temps.

La région du Haut-Karabakh a été reconnue comme autonome après la Révolution d’octobre, compte tenu de toutes ses caractéristiques démographiques, et a continué son existence pacifique pendant soixante-dix ans grâce à la politique populaire que le socialisme a menée, sans recourir à l’exploitation et au nationalisme. La décision d’inclure le Haut-Karabakh à la République Soviétique Socialiste (RSS) d’Azerbaïdjan, et non pas à la RSS d’Arménie, découlait principalement du contexte économique de l’époque. La démarcation nationale-territoriale étant associée à la promotion du développement socialiste et à la minimisation des conflits ethniques dont souffraient de nombreuses régions de l’ancien empire tsariste. L’économie et la géographie du Haut-Karabakh sont étroitement liées. Les principales liaisons de transport, routes et chemins de fer, tendaient vers l’est et le sud. La principale voie ferrée en direction du nord-est. Le terrain vallonné et montagneux de l’ouest n’avait pas de voies de transport entre le Haut-Karabakh et Erevan.

Aujourd’hui, la question du Karabakh est une question nationale, et elle devrait être considérée, selon le principe léniniste, comme le droit d’une nation à l’autodétermination. Il y a 30 ans, les revendications de la population pour la sortie du Haut-Karabakh (Artsakh) de la RSS d’Azerbaïdjan ont eu lieu dans le contexte de la perestroïka, de la restauration du capitalisme en URSS et de l’inaction du pouvoir central. Ce processus, à la fin des années 1980, est devenu irréversible, pour les Arméniens du Karabakh, après les pogroms arméniens de Bakou et de Sumgait. Mais malgré la nature controversée du mouvement du Karabakh, dirigé par les nationalistes arméniens, la lutte des Arméniens du Haut-Karabakh avait les traits d’un mouvement de libération nationale, qui s’est transformé par la suite, dans les années 1990, en une guerre pour l’indépendance dans les conditions de l’instauration d’un régime nationaliste en Azerbaïdjan.

Pendant la guerre du Karabakh de 1992 à 1994, la République du Haut-Karabakh a exercé son droit à l’autodétermination et Bakou a perdu le contrôle sur ce territoire ainsi que sur la ceinture de sécurité qui avait été gagnée autour pour avoir des voies de communications avec l’Arménie. Cependant, ni l’ONU - qui est l’instrument de l’impérialisme -, ni aucun pays du monde n’a reconnu l’indépendance de cette république. La Transcaucasie continue d’être une arène d’affrontements entre les principaux pays impérialistes, qui pour protéger leurs intérêts stratégiques, utilisent les conflits nationaux.

Dans la région, les intérêts de deux puissances impérialistes s’affrontent principalement aujourd’hui : la Turquie et la Russie. Si la première, en étant membre de l’OTAN, a pris une part active dans le conflit, la seconde a quant à elle décidé de ne pas intervenir directement. Prenant l’initiative d’organiser la signature de l’accord de cessez-le-feu, l’impérialisme russe obtient une nouvelle base militaire en Transcaucasie. Très probablement, avec l’aide d’une partie de la bourgeoisie arménienne qui est orientée vers le capital russe, il éloignera le dirigeant gênant Nikol Pashinyan du pouvoir et obtiendra le contrôle politique total de l’Arménie.

Mais, malgré les apparences, la Russie a perdu plus qu’elle n’a gagné. La Turquie a envahi sa sphère d’influence traditionnelle et a redessiné la carte de la région. En raison de la résolution de la question du Karabakh en faveur de l’Azerbaïdjan, les dirigeants russes ne pourront pas, comme auparavant, influencer la Turquie. En outre, l’Azerbaïdjan sera en mesure de mener une politique étrangère plus indépendante envers la Russie.

Le PCRF se prononce contre toute ingérence impérialiste ! Dans ce cas concret, il s’agit d’un accord temporaire qui présente toutes les caractéristiques d’une "paix" impérialiste, telles que l’occupation, l’échange de territoires et la présence de protecteurs étrangers. La "paix" impérialiste n’est qu’un répit entre les guerres. Cependant, nous sommes au bord d’un nouveau nettoyage ethnique. La population civile a été constamment bombardée pendant ces dernières semaines et à ce jour, plus de cent mille réfugiés arméniens ont quitté la république de Haut-Karabagh et ils ne sont pas prêts à revenir chez eux dans l’état actuel des choses.

Autrement dit, les contradictions n’ont pas été éliminées et les problèmes n’ont pas été résolus. Tôt ou tard, le répit prendra fin et le sang coulera à nouveau. Les peuples arménien et azerbaïdjanais ont vécu en paix pendant des décennies, construisant une nouvelle société socialiste. C’est la preuve, que la seule manière pour les peuples de sortir de l’impasse est de se débarrasser de « leur » bourgeoisie par des efforts conjoints et de s’unir dans une alliance socialiste. C’est seulement à cette condition que le sang cesse de couler !

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