Etudiant immolé à Lyon : soutien aux luttes étudiantes !

Le 8 novembre 2019 à Lyon, devant le siège du CROUS, un étudiant de 22 ans nommé Anas s’est immolé par le feu et a été grièvement brûlé. Touché à 90%, le jeune homme est aujourd’hui toujours "entre la vie et la mort" à l’hôpital.

Pourquoi ce drame ? Parce qu’en difficulté financière, il avait perdu sa bourse en "triplant" sa deuxième année de licence à l’université Lyon 2. Dans un message lu par une camarade, Anas explique son geste : "Aujourd’hui, je vais commettre l’irréparable, si je vise le bâtiment du CROUS, ce n’est pas par hasard, je vise un lieu politique, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et par extension le gouvernement. […] Cette année, faisant une troisième L2, je n’avais pas de bourse, mais même quand j’en avais une, 450 euros par mois, est-ce suffisant pour vivre ?", ajoutait-il en reprenant des revendications sur le salaire étudiant.

En réaction à ce geste, des rassemblements étudiants ont eu lieu dans une quarantaine de villes en France à l’appel du syndicat Solidaires étudiant-e-s pour qui ce geste « extrême » illustre une situation de précarité « commune ». «  Nous ne sommes pas à l’abri d’autres tentatives de suicide », a lancé un militant au haut-parleur, « nous exigeons une prise de position publique du ministère ».

Une forte majorité d’étudiant-e- connaissent en effet des difficultés économiques et sociales au cours de leur cursus. Dans le rassemblement à l’Université Lyon 2, Sophie, étudiante en 3e année de sciences sociales, livre son témoignage avec sa pancarte « radiée du CROUS car hospitalisée » : «  Je n’ai pas pu assister à certains examens. A cause de ça j’ai dû redoubler et le CROUS m’a coupé les vivres. » Elle explique qu’elle doit «  faire les poubelles pour manger » et « cumuler plusieurs emplois » pour payer son loyer. Personne n’a le maximum de chance de réussir ses études, quand sa principale préoccupation est de manger, de payer ses factures et de payer son loyer.

Face à ce drame et à cette colère légitime des étudiant-e-s, la réponse des représentants du grand capital porte le seaux du mépris et de la condescendance. Ainsi, concernant le geste d’Anas, Emmanuel Macron parle d’un « cas particulier » ; Aurore Berger (députée LREM des Yvelines) commente sur Twitter l’action des étudiant-e-s à l’université de Lille comme suit : «  Honte à ceux qui se prennent pour des révolutionnaires et qui ne sont que des pleutres. »

Aujourd’hui, le droit à la formation gratuite et de qualité pour toutes et tous est attaqué par les institutions de l’État bourgeois. Les frais d’inscription à l’université ont augmenté, particulièrement pour les étudiants étrangers hors Union Européenne dès la rentrée 2019 (2.770 euros en licence et 3.770 euros en master et doctorat, soit plus de dix fois plus que leurs homologues européens, tarif encore appliqué par certaines universités malgré la condamnation de cette mesure par le Conseil constitutionnel). Et pour la Cour des comptes, qui suggère dans un rapport de 200 pages de mettre un terme à la quasi-gratuité des études universitaires, avec en particulier une forte hausse des droits d’inscription en master, ce n’est pas assez. L’autonomie des universités, introduite par la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) en 2007, a eu des conséquences catastrophiques sur la gestion des universités (augmentation des frais de scolarité, difficultés de gestion de certaines d’entre elles…). N’oublions pas la casse des aides sociales et l’augmentation du coût de la vie qui pèse fortement sur une large majorité d’étudiant-e-s.

Une des conséquences de cette politique est la nécessité, pour beaucoup d’étudiant-e-s, d’occuper des emplois précaires parallèlement à leurs études pour subvenir à leurs besoins. Cela n’est pas sans conséquences sur l’avenir, car beaucoup d’étudiant-e-s échouent dans leurs études, quand ils/elles ne les abandonnent pas en cours de route.
Autre conséquence : l’émergence et le développement d’un marché spécifique destiné aux étudiant-e-s, particulièrement juteux pour les secteurs bancaire et locatif notamment (prêts étudiants pour financer ses études, résidences locatives étudiantes en concurrence avec les cités universitaires, etc.)

La source de cette politique menée depuis plusieurs dizaines d’années, qui conduit à la marchandisation de l’enseignement supérieur et au renforcement de la sélection sociale pour l’accès aux études supérieures, se trouve dans le mode de production capitaliste et son évolution. En effet, le capitalisme au stade impérialiste, son stade ultime, traverse la crise structurelle la plus intense et profonde de son histoire. La baisse tendancielle du taux de profit s’accentue et les contradictions de ce mode de production s’intensifient. Pour limiter l’impact de ces phénomènes voire les contrecarrer, il est nécessaire, pour la classe capitaliste, de précariser davantage les travailleur-se-s, et de ce point de vue, l’utilisation de la main d’œuvre étudiante est une aubaine pour peser sur les salaires et les conditions de travail.

Le capitalisme n’est ni réformable ni aménageable, contrairement à ce que prétendent les réformistes. Aujourd’hui, il est nécessaire de bâtir une société débarrassée du capitalisme ; une société dans laquelle les masses laborieuses sous la direction du prolétariat, ayant renversé révolutionnairement ce mode de production décadent, auront bâti leur dictature sur les exploiteurs, socialisé les moyens de production et d’échange, et géré la production par une planification centralisée et démocratique en fonction des besoins des populations et des territoires.
Dans cette société, il s’agira de construire un grand pôle de l’enseignement supérieur et de la recherche permettant à toutes et à tous d’étudier dans les meilleures conditions et d’aller le plus loin possible dans leur cursus.

Le Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF) exprime son souhait de rétablissement au jeune Anas, et son fraternel soutien à la lutte des étudiant-e-s pour de meilleures conditions de vie et d’études.
Il appelle le mouvement étudiant à renforcer les mobilisations du 5 décembre 2019 contre la réforme des retraites proposée par le gouvernement bourgeois ; car travailleurs, travailleuses, étudiants et étudiantes doivent être uni-e-s dans ce combat.

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