Economie "informelle" : mourir de faim ou de la Covid ?

La pandémie mondiale de la Covid-19 est incontestablement un puissant catalyseur de l’accentuation des problèmes économiques, politiques, sociaux, sanitaires et environnementaux d’aujourd’hui. Suite au confinement de dimension mondiale, la crise systémique produite par le capitalisme s’est accélérée. Ses aspects les plus saillants, sur le plan économique, ont émergé dans plusieurs secteurs (automobile, aéronautique, l’hôtellerie-restauration et le tourisme notamment) avec une aggravation des conditions de travail et de vie, le blocage voire la baisse des salaires, et la casse à grande échelle des emplois et des outils de production.

Dans ce contexte, les vulnérabilités des travailleurs de l’économie dite informelle se retrouvent exacerbées.
L’économie informelle désigne l’ensemble des activités productrices de biens et de services qui échappent au regard ou à la régulation de l’État : économie familiale (confection de repas, ménage, travaux de couture, jardinage, bricolage, garde des enfants, garde des malades et des personnes âgées, transports des personnes, etc.) ; économie conviviale (activités d’entraide, d’animation sociale et de loisirs) ; économie souterraine (travail au noir, activités délictuelles).
L’économie informelle (ou économie grise) possède d’une part un secteur informel avec des travailleurs qui se débrouillent pour survivre, et d’autre part des gens qui travaillent dans des entreprises formelles, mais qui ne sont pas protégés car non déclarés. Ils sont surtout constitués de sans-papiers et de sans-contrat, et sont considérés comme sans-droits. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), plus de 2 milliards de travailleurs dans le monde (soit 62% des travailleurs mondiaux) tirent en 2020 leurs moyens de subsistance de l’économie informelle ; et cela représente 90% de l’emploi total des pays à faibles revenus, 67% dans les pays à revenus intermédiaires et 18% dans ceux à revenus élevés.
Dans ces conditions, on comprend mieux l’affirmation de l’OIT : «  rester chez soi et ne pas travailler, c’est perdre son emploi et ses moyens de subsistance. Pour beaucoup de travailleurs de l’économie informelle, le choix entre mourir de faim et mourir du virus est bien réel. » Et en effet, tous ces travailleurs passent sous les radars des dispositifs d’aide et sont confrontés à un dilemme inhumain : « mourir de faim ou du virus. » C’est par exemple le cas de Naminata, ivoirienne réfugiée en France depuis 2016 avec ses trois enfants et son mari. Ce dernier a continué son métier de livreur pendant le confinement. Dans le dernier numéro de la Lettre de l’asile et de l’intégration publiée par l’association France Terre d’Asile, elle explique : « On m’a dit que ce n’était pas normal qu’il parte travailler. Mais s’il ne livre pas, on ne va pas manger !  »
Situation confirmée par Emmanuel Dockès, professeur de droit à l’université de Paris 10 Nanterre, qui estime que « le Covid ne fait qu’accentuer les défaillances de nos filets de protection (qui) ratent ceux qui en auraient le plus besoin  ».
Le mot d’ordre de régularisation de «  ces travailleurs sans-papiers qui ont tenu le pays à bout de bras » (selon les termes de la CGT), notamment dans des secteurs comme le nettoyage, la logistique, l’hôtellerie-restauration, n’en apparaît que plus légitime.

Cette exacerbation des vulnérabilités des travailleurs de l’économie informelle souligne, comme d’autres signes encore, le caractère fondamentalement inhumain du mode de production capitaliste. Exclus de tous les dispositifs d’aides, confrontés à ce dilemme insupportable consistant à se laisser mourir de faim ou de la Covid-19, ces travailleurs sont plongés dans une précarité et une insécurité sociale toujours plus insupportables. Mais ils sont aussi, pour les monopoles et la bourgeoisie, des instruments de pression sur les salaires, sur les conditions de travail et de vie des autres travailleurs, et un moyen de diviser la classe ouvrière.
La lutte pour leur régularisation et leur intégration de plein droit dans le mouvement ouvrier s’inscrit complètement dans le cadre de la lutte générale des travailleurs pour les salaires, les conditions de travail et de vie, les emplois, les services publics, le tissu industriel et l’environnement.
Mais au-delà de cette lutte indispensable, doit s’élever la conscience d’une nécessaire solidarité de classe entre travailleurs des économies « formelle » et « informelle », également victimes d’un système d’exploitation fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange, qui ne peut plus répondre aux besoins vitaux des populations.
Au XXIème siècle, un régime qui laisse comme unique choix à des milliers de travailleurs de mourir de faim ou de maladie, n’a plus sa place dans notre monde ! C’est pourquoi le Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF) appelle et travaille à la constitution d’un Front social d’action de toutes les victimes du capitalisme, qui permette de poser concrètement la question de son renversement et du processus révolutionnaire vers une nouvelle société, le socialisme-communisme.

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