Une rentrée de crise

Cette der­nière ren­trée du quin­quen­nat se pré­sente un peu comme le condensé de celui-ci : rien n’a été réglé, et donc tout s’est aggravé ! La crise s’aiguise. L’inquié­tude est mani­feste : le chô­mage ne dimi­nue pas, la crois­sance est atone, les riva­li­tés s’accrois­sent dans l’UE au point de para­ly­ser cer­tai­nes prises de déci­sion (mais pas celles concer­nant les poli­ti­ques contre les tra­vailleurs et les cou­ches popu­lai­res). Alstom, annon­çant la fer­me­ture de son site de Belfort alors que les pro­fits sont inso­lem­ment à la hausse, peut être érigé au niveau du sym­bole. Et der­rière l’affaire, c’est tout un sys­tème , le sys­tème capi­ta­liste, qui appa­raît absurde pour le commun des mor­tels, mais cohé­rent avec les lois du Capital : gagner des mar­chés, jouer sur les dif­fé­ren­tiels de taux de change ou sur le prix de la force de tra­vail.

Dans le même temps, sont impo­sées les lois Macron et El Khomri, qui livrent les tra­vailleurs pieds et poings liés au patro­nat. Pas de rap­port ? Bien sûr que si ! C’est bien de la « com­pé­ti­ti­vité » dont Hollande et les siens (au PS et au PR) nous abreu­vent. Être com­pé­ti­tif, c’est écraser les salai­res, aug­men­ter le temps de tra­vail, recu­ler l’âge de la retraite, res­trein­dre au maxi­mum le salaire indi­rect ou social que les luttes avaient imposé depuis la Libération sous la forme des ser­vi­ces publics. Les sommes pré­le­vées sont réaf­fec­tées par l’Etat aux mono­po­les et aux ban­ques alors qu’elles appar­tien­nent aux tra­vailleurs. De ce point de vue, il n’y a pas de néo-libé­ra­lisme : quelle que soit la méthode de ges­tion rete­nue par le Capital, c’est tou­jours la classe ouvrière qui est exploi­tée, c’est tou­jours le capi­ta­lisme mono­po­liste d’État qui ren­force le capi­tal mono­po­liste.

À ce niveau de la crise, la social-démo­cra­tie n’a plus comme fonc­tion d’être un exu­toire pour cer­tai­nes caté­go­ries de la classe ouvrière. Elle est un élément du dis­po­si­tif de la bour­geoi­sie pour faire ava­li­ser sa poli­ti­que. Il n’y a plus de pseudo-com­pro­mis, ni de conces­sions for­mel­les. Il y a la poli­ti­que que le grand Capital fran­çais a décidé pour la France et l’Europe, et qu’il faut appli­quer coûte que coûte.

Et c’est tout autant la poli­ti­que de guerre menée dans le pro­lon­ge­ment de celle de Sarkozy. Une poli­ti­que qui a conduit à sou­te­nir, finan­cer, équiper des grou­pes ter­ro­ris­tes contre des régi­mes qui se heur­taient aux ambi­tions de l’impé­ria­lisme fran­çais ou de ses clients comme le Qatar et l’Arabie Saoudite. Or aujourd’hui, ces grou­pes enten­dent avoir leur propre auto­no­mie poli­ti­que, jouant sur les contra­dic­tions de leurs men­tors. Le résul­tat, ce sont les atten­tats dans les rues de Paris et de Nice. Les chiens se retour­nent contre leurs maî­tres, en assas­si­nant des tra­vailleurs, des étudiants… C’est tou­jours la même logi­que de classe !

Mais là encore, la réponse du gou­ver­ne­ment social-démo­crate est typi­que de sa ser­vi­lité vis-à-vis de la bour­geoi­sie : elle vise à uti­li­ser les crimes commis et le climat engen­dré, non pas pour empê­cher le ter­ro­risme en chan­geant de tout au tout sa poli­ti­que, mais pour créer de meilleu­res condi­tions afin de faire passer sa poli­ti­que. Qui peut hon­nê­te­ment nier que l’état d’urgence a été un ins­tru­ment pour faire passer la loi El Khomri à coup de 49/3 ? Plus encore, le même état d’urgence a contri­bué à accli­ma­ter la popu­la­tion à des mesu­res contre les liber­tés démo­cra­ti­ques et indi­vi­duel­les : droit de mani­fes­ter, contrô­les poli­ciers, arres­ta­tions sur simple sus­pi­cion, adop­tion de lois comme la loi sur le ren­sei­gne­ment et la réforme du code pénal. Le tout sur fond de cam­pa­gne idéo­lo­gi­que ali­gnée sur la droite et l’extrême droite, décla­ra­tions du pre­mier minis­tre com­pri­ses, celui-ci rap­pe­lant l’atti­tude de ces sociaux-démo­cra­tes des années 30, qui devaient fina­le­ment donner les pleins pou­voirs à Pétain ! Continuer à entre­te­nir le mythe de la « gauche », et l’idée que le PS serait partie pre­nante du mou­ve­ment popu­laire, comme le font Pierre Laurent et les diri­geants du PCF dans le vain espoir de garder des sièges de dépu­tés, c’est clai­re­ment révé­ler le fait que tout comme leur ami Tsipras et comme Syriza en Grèce, ils n’ont rien d’autre à offrir comme poli­ti­que que la poli­ti­que… de la bour­geoi­sie. On ne peut donc pas s’étonner que la France, comme d’autres pays capi­ta­lis­tes, s’enfonce dans la crise poli­ti­que : l’abs­ten­tion aux élections et le vote blanc ou nul tra­dui­sent sur le fond, non un désin­té­rêt pour la poli­ti­que en soi, mais le rejet d’un cadre poli­ti­que où les forces socia­les ne se retrou­vent plus dans les partis en pré­sence, où le sys­tème ins­ti­tu­tion­nel est ver­rouillé au nom de la sta­bi­lité ; toute alter­na­tive réelle est dis­cré­di­tée y com­pris par l’amal­game fait entre l’oppo­si­tion à la poli­ti­que bar­bare du grand Capital et de l’Union Européenne et le popu­lisme et l’extrême droite.

La colère est grande tant dans la classe ouvrière que dans les cou­ches moyen­nes appau­vries, la pay­san­ne­rie, la jeu­nesse. Le rela­tif redres­se­ment de la CGT, au niveau de son dis­cours, prend en compte cette colère. Et il faut se féli­ci­ter de la jour­née du 15 sep­tem­bre 2016 contre la loi El Khomri, même si on ne peut que cri­ti­quer ses moda­li­tés et son orga­ni­sa­tion. Il est grand temps que les tra­vailleurs dans les entre­pri­ses, dans les unions loca­les et dépar­te­men­ta­les, orga­ni­sent l’action, et la reconquête du monde du tra­vail. C’est comme cela que l’on pourra retrou­ver un mou­ve­ment syn­di­cal de classe, et que pourra se pré­pa­rer la contre-offen­sive pro­lé­ta­rienne néces­saire pour porter des coups à la bour­geoi­sie. Mais c’est aussi la néces­sité de recons­truire un Parti Communiste, pour que le pro­lé­ta­riat se réap­pro­prie son rôle, celui de mener les masses popu­lai­res à la révo­lu­tion, au ren­ver­se­ment du capi­ta­lisme et à l’édification d’une société nou­velle, le com­mu­nisme à son étape ini­tiale le socia­lisme. C’est pour contri­buer à cette tâche que nous avons rompu avec le groupe Communistes, que nous fon­de­rons notre parti les 22 et 23 octo­bre à Paris, et que nous appe­lons chacun et cha­cune à nous rejoin­dre.

Collectif Intervention Communiste

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