Solidarité de classe avec les travailleurs et la jeunesse de Guyane !

Une lutte exemplaire voit se mobiliser, depuis le 20 mars 2017, l’ensemble du peuple guyanais, lutte qui n’est pas sans rappeler le soulèvement des Guadeloupéens en 2009 : même détermination, même souci de l’unité pour une participation massive de toutes les composantes de la population.

Une lutte unitaire...
Commencé mi-mars avec des mobilisations catégorielles (transporteurs, agriculteurs, électriciens), le mouvement s’est vite élargi à des milliers de Guyanais qui ont répondu à l’appel à la grève générale illimitée lancé le 27 mars par l’UTG (Union des Travailleurs Guyanais), et qui ont voulu fédérer les colères et revendications des différents collectifs citoyens et des syndicats sous la bannière d’un unique collectif nommé « Pou la Gwiyann Dekolé » (« Pour que la Guyane décolle »). Pas moins de 428 doléances ont été rédigées, mettant en lumière des difficultés devenues insupportables en matière de santé, d’éducation, de développement de l’énergie, d’économie, de sécurité, de logement, etc.

… et bloquante
Face au mépris affiché par le gouvernement PS (la ministre des DOM-TOM ne s’étant déplacée que le 30 mars), l’opération « paralysie du pays » a été mise en place, des barrages obstruant les ronds-points stratégiques du littoral guyanais, bloquant notamment l’entrée de Cayenne, et imposant la mise à l’arrêt des opérations de tir sur la base de Kourou. Une forte présence de travailleurs mobilisés, installés de manière permanente sous des abris de fortune sur les grands axes routiers, a contraint le gouvernement à ouvrir des négociations. Le 4 avril, les manifestants occupaient le Centre spatial guyanais à Kourou, démonstration de force signifiant, selon un porte-parole du collectif qu’ils pouvaient « prendre possession de tous les espaces, même stratégiques, de Guyane ». Depuis le 10 avril, une nouvelle opération « blocage total » et « ville-morte » est lancée par le collectif.

Crise du capitalisme et héritage colonial
Cet appel répond aux propositions très insuffisantes annoncées le 2 avril par le gouvernement : un « plan d’urgence » de 1,085 milliard d’euros, qui, aux yeux du collectif, relève plus du saupoudrage, notamment dans le domaine social (santé, éducation), secteur qui nécessiterait au moins 2,5 milliards de plus.
La situation économique et sociale de la Guyane, qui à certains égards fait penser au Tiers-Monde, résulte à la fois de la crise du système capitaliste et d’un héritage colonial que le statut de « département français » n’a pas effacé : un chômage record (22,3%) qui frappe plus encore une jeunesse nombreuse (43 % de la population a moins de 20 ans, 40 % des 15-24 ans sont au chômage) ; un accès limité à l’éducation : la moitié seulement des 15-24 ans est scolarisée, seuls 12 % d’entre eux ont le baccalauréat et ils sont plus d’un quart à présenter de graves difficultés de lecture (4 % en métropole) ; 46 000 personnes n’ont pas d’accès direct à un service d’eau potable ; des milliers de Guyanais n’ont toujours pas l’électricité ; un ménage sur quatre vit sous le seuil de pauvreté ; les produits alimentaires sont 45 % plus chers qu’en métropole, les loyers 20 % plus élevés ; il y a deux fois moins de médecins qu’en métropole ; un Guyanais sur 5 est à plus de 30 minutes d’un service d’urgence... ; rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que l’insécurité, sous la forme notamment de vols avec ou sans arme, soit devenue un véritable fléau.
Alors que la Guyane a le statut de département français depuis 1946, ce territoire souffre de sous-investissement chronique depuis des décennies, d’autant plus scandaleux que des milliards ont été investis au centre spatial de Kourou (érigé en 1965 au prix de 641 expropriations de familles guyanaises...), pour le seul profit des industriels et États bénéficiant des mises sur orbite. Rappelons, par exemple, que le programme d’Ariane 6 devrait coûter 4 milliards d’euros au total d’ici 2021, la ministre Fioraso se réjouissant : « Nous avons une perspective qui permet de sécuriser le cahier des charges des industriels tout en ayant l’objectif scientifique et industriel ambitieux qu’il convenait d’avoir ».

Droit à l’autodétermination du peuple guyanais
Comme en Guadeloupe en 2009, le mouvement revendicatif guyanais fait ressortir la nécessité d’un changement de statut pour ce territoire, permettant une autonomie plus importante et la possibilité d’exploiter des richesses locales (mines et forêts) que dédaigne l’État français.
Alors que les partis indépendantistes ont fortement perdu de leur influence depuis les années 80, recul confirmé par le référendum de 2010 (le statut de collectivité d’outre-mer a été rejeté par les Guyanais à plus de 70% des voix), une prise de conscience nouvelle émerge des discussions du collectif : la volonté de se prendre en main s’exprime dans la revendication d’un statut d’autonomie pour la Guyane ; revendication à laquelle le gouvernement PS n’a pas répondu.

Pour sa part, le PCRF soutient pleinement le front de luttes bloquant qui a grandi depuis le 20 mars 2017. Il rappelle que l’émancipation des travailleurs et de la jeunesse de Guyane nécessite de lier la bataille revendicative à la dénonciation du capitalisme dans sa dimension néo-coloniale.

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