Rebondissement de la crise politique : remettre en cause le capitalisme !

Choisi pour tenter de résoudre la crise politique que traverse le pays depuis la fin du XXᵉᵐᵉ siècle, Macron, après un an à l’Élysée, semble plutôt avoir jeté de l’huile sur le feu ! L’été caniculaire que nous avons vécu a en effet été très chaud pour la présidence jupitérienne !

Mais revenons à la crise politique  : il s’agit d’une situation marquée par l’incapacité des représentants de la classe dominante à gouverner comme avant, et du refus, pour les classes dominées, d’être gouvernées comme avant. De plus, tous les repères politiques des différentes classes sociales, autres que la bourgeoisie monopoliste, se sont volatilisés au cours des 35 dernières années, rendant impossible tout consensus : - la classe ouvrière a perdu son parti avec la capitulation de la direction du PCF (sans négliger l’impact de l’effondrement du camp socialiste, où là-bas aussi, les dirigeants ont trahi leur classe). - l’aristocratie ouvrière, les couches moyennes salariées, une partie de la petite bourgeoisie, ont perdu toute confiance dans la social-démocratie ; la politique de cette dernière a été marquée non seulement par le non-respect de son programme et de ses promesses (une constante depuis 1914...), mais aussi par le fait que c’est elle qui a lancé, pour la bourgeoisie monopoliste, l’offensive contre la classe ouvrière en s’attaquant aux acquis sociaux, aux services publics, au droit du travail, au secteur public, etc.

Cette social-démocratie est d’autre part le Cerbère de l’Union Européenne et ce, au moment où, timidement, la conscience se fait jour que l’U.E. est un obstacle à la satisfaction des besoins des masses. Aux yeux des masses, la social-démocratie n’est plus "réformiste" ; elle fait la même politique que la droite, elle en est même l’avant-garde !

Enfin, les scandales de corruption touchant les hommes et les femmes de son appareil politique ont accentué la défiance des couches populaires traditionnellement favorables au réformisme.

De l’autre côté du spectre politique bourgeois, la masse de la petite et moyenne bourgeoisie, voire certains secteurs de la grande bourgeoisie et de l’oligarchie financière, sont tout aussi mécontents que « la droite de la gauche » fasse la même politique que « la gauche de la droite » ! Car en définitive, n’en déplaise aux sophistes, ils font la même casse sociale, avec seulement quelques différences à la marge ! C’est d’ailleurs la volonté de la bourgeoisie monopoliste et de l’oligarchie financière, au travers de l’UE où s’affairent tous ces Messieurs-Dames, pour la même cause : faire baisser le prix de la force de travail sociale, faire payer la crise du système capitaliste aux travailleurs (au-delà de la classe ouvrière) et créer les conditions pour faire croître les profits et assurer l’accumulation du capital.

C’est pourquoi on assiste à la montée de l’abstention (incluant les votes blancs et nuls), comme à celle de formes politiques nouvelles pour qu’un cadre politique restructuré offre aux différentes couches et classes sociales l’illusion d’être représentées : c’est la poussée relative de Marine Le Pen, du côté de l’extrême-droite, c’est celle de Mélenchon et de La France Insoumise (pas le Parti de Gauche en tant que tel), en direction de l’électorat de "gauche" (incluant le PCF, incapable d’une quelconque autonomie), et celle de Macron avec La République en Marche.

Nous avons, dans les colonnes d’Intervention Communiste, montré que Macron avait été l’homme de la bourgeoisie monopoliste depuis le début, elle qui a misé sur sa jeunesse (le « renouvellement » contre « l’ancien »), son idéologie enracinée dans la tradition de l’extrême-droite française (antiparlementarisme, culte du chef, élitisme, hostilité à la laïcité, « ni de droite ni de gauche ») et son programme politique ultra réactionnaire (Union Européenne, mise en cause sauvage de l’ensemble des acquis sociaux, réforme constitutionnelle au profit de l’exécutif, politique d’accroissement des fortunes, politique étrangère belliciste). Il y rajoutait le capitalisme vert et évidemment la condamnation intransigeante des corruptions politiques (encore un thème de l’extrême-droite si l’on ne remet pas en cause la source, à savoir le capitalisme).

Quatorze mois plus tard, s’il est clair que l’offensive anti-ouvrière a marqué des points (et on ne peut oublier que l’appel, par certains, à voter pour Macron au deuxième tour n’a pas contribué à éclaircir les consciences), l’exécutif est en difficulté, alors qu’il a une majorité parlementaire exceptionnelle et qu’il semble ne rien avoir de solide en face de lui. Sa chute de popularité est unique dans l’histoire de la Vᵉᵐᵉ République et le rejet de sa politique atteint des sommets : les cheminots ont reçu le soutien de l’opinion, la loi Travail n’a pas convaincu, les cadeaux aux fortunés et aux monopoles choquent d’autant plus qu’ils s’attaquent au niveau de vie des retraités, des bas salaires, et aux minima sociaux.

Mais la crise politique revient au premier plan, avec les scandales en passe de devenir plus nombreux que sous Sarkozy et Hollande, au point que l’on peut s’interroger s’ils ne sont pas des signes lancés par quelques fractions monopolistes mécontentes. Nous avions dénoncé ici-même les relations incestueuses entre les ministres et le monde familial "de leurs affaires" : la ministre de la Santé et l’industrie pharmaceutique, celle des Armées et l’industrie d’armement, Richard Ferrand et la prise illégale d’intérêt dans les affaires de son épouse, Nicolas Hulot et ses affaires "vertes"... Et brutalement, les choses ont semblé s’emballer. Sur la corruption, d’abord avec Muriel Péricaud placée sous le statut de "témoin assisté" pour avoir confié l’organisation d’une soirée mondaine à Las Vegas pour le ministre Macron (300 000 €) à l’agence Havas sans appel d’offre ; puis celle d’une campagne publicitaire sans appel d’offre toujours pour Havas, dont on apprend qu’elle était très amie avec le PDG. Ensuite éclate l’affaire Kholer, le secrétaire Général de l’Elysée, qui, à la direction des Chantiers de Saint Nazaire, votait pour attribuer des marchés à une société appartenant à sa... famille (ce qu’il avait déjà fait quand il était à la direction du Port du Havre). Puis l’affaire Nyssen, la reine de la culture marchande, qui ne déclarait pas les taxes fiscales pour travaux immobiliers et s’asseyait sur les permis de construire quand elle dirigeait Actes Sud.

C’est bien la pourriture du système bourgeois qui réapparaît derrière des discours sur le "nouveau monde qui remplacerait l’ancien" : modifier la peinture ne change rien au fait que les murs sont lépreux ! Ni à droite, ni à gauche, mais dans la poche !

Mais le clou, c’est l’affaire Benalla ! Elle confirme d’abord que, le 1er mai à Paris, il y a bien eu provocation d’État : un personnage à ce niveau d’intimité avec le chef de l’État, responsable des services de sécurité du Président, ne se trouve pas, avec un uniforme "officiel", sur les lieux d’événements pour le moins troubles, et loin de la manifestation, sans y avoir été envoyé par son chef, c’est à dire par le Président de la République. Qu’il ait fait du zèle, c’est possible (on ne lui a peut-être pas demandé de matraquer les passants), mais sa présence n’était pas un choix purement personnel. D’autant que le personnage n’est pas fonctionnaire de police, mais relevait du droit privé (comme Foccart en son temps, fondateur du SAC –officine de police parallèle et garde rapprochée - sous De Gaule et Pompidou), et que ses responsabilités à l’Élysée visaient à créer un service de sécurité privé sous le contrôle de la présidence. L’affaire souligne ce que nous avons dit sur le profil d’extrême-droite du Président : ce dernier ne s’embarrasse guère de la légalité bourgeoise (en France, les questions relevant de la sécurité de l’État relèvent de la responsabilité exclusive des fonctionnaires des ministères de l’Intérieur et de l’Armée). La réaction de l’opinion a été accentuée par le discours présidentiel devant les parlementaires de LREM à la maison de l’Amérique Latine, discours ressemblant étrangement au discours de Mussolini après l’assassinat de Matteotti ! Le scandale est tel que cela a bloqué l’examen de la réforme constitutionnelle, peut-être renvoyée aux calendes grecques.

Dans ce climat délétère, la démission de Nicolas Hulot apparaît bien comme l’expression d’une fissure dans le bloc social qui a mis Macron à l’Élysée. Visiblement, le capitalisme Vert n’est plus une priorité politique, mais un simple gadget de communication. Hulot voyait son image se dégrader à grande vitesse. On nous permettra de sourire sur les motifs avancés : la présence d’un lobbyiste non invité à une réunion sur la chasse. Les lois contre les travailleurs, les cadeaux fiscaux aux entreprises et aux grandes fortunes, l’annonce de nouvelles lois antisociales, les lois liberticides, les bombardements aux quatre coins du monde, la priorité à la route dans les transports, ont laissé de glace l’actionnaire de Ushuaia. Mais le lobbyiste non invité, ça non ! On dit que les rats quittent les navires qui sombrent...

Toujours est-il que la classe ouvrière doit être vigilante : la social-démocratie cherche à se recomposer (et dans fard, si l’on examine le discours de Mélenchon à Marseille et les invitations aux uns et aux autres pour préparer les Européennes, avec les encouragements du PCF).

Macron a annoncé qu’il reprenait son offensive anti-ouvrière (notamment avec la liquidation du système de retraite basé sur le salaire différé) et qu’il amplifierait la pression sur les retraités et sur certaines prestations sociales. Les semaines qui viennent vont donc voir de nouvelles luttes. C’est aux travailleurs d’imposer que le mouvement syndical ait une attitude de fermeté, de prise en main de l’organisation de la lutte pour faire converger les mécontentements, les actions revendicatives, par l’organisation de journées de grève générale comme point culminant d’actions multiformes visant à renforcer l’unité de la classe ouvrière, et à profiter du fait que le pouvoir se révèle comme ayant des pieds d’argile.

Cela passe par l’élargissement de la démocratie prolétarienne, que ce soit dans l’action ou pour préparer le congrès de la CGT. C’est de cette manière que l’on s’attaquera véritablement au Capital, à l’opposé des manœuvres sociales-démocrates qui ne peuvent conduire à autre chose qu’à de nouvelles déceptions, et à la rancœur. Nous n’avons besoin ni d’un Lula ni d’un Tsipras ; ce qu’il nous faut, c’est la constitution d’une vaste alliance sociale derrière la classe ouvrière, qui s’attaquera au pouvoir des monopoles, et qui se fixera son renversement. C’est la voie pour travailler à la révolution. Cela nécessite la reconstruction du Parti communiste et le renforcement dès à présent du Parti Communiste Révolutionnaire de France.

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