Président Macron : la Réaction En Marche

Ce que tout le monde savait - que Macron allait lancer une vaste offensive contre le prolétariat et les travailleurs des couches moyennes - est devenu brutalement une nouvelle, parce que Le Parisien et Libération ont publié des extraits d’un projet de réforme de la Loi Travail. Le gouvernement nie le fait que cela soit le texte qu’il veut faire passer par ordonnances, mais crie « aux voleurs », et porte plainte pour vol de documents ! Sur le contenu, l’équipe Macron peut ergoter autant qu’elle veut, l’objectif est bel et bien l’inversion de la hiérarchie des normes, et la négociation d’entreprise à la place de la loi et des négociations de branches, mesures assurant au patronat les moyens d’une surexploitation sans limite des salariés. Le gouvernement clame qu’en matière de définition des CDI et CDD, il n’a pas l’intention d’en laisser modifier les contenus et définitions dans l’entreprise. Il n’en demeure pas moins que dans un document de travail, l’idée est évoquée, ce qui signifie que l’idée est tout de même dans l’air, et que pour le reste, on est dans la philosophie du Président de la République.

Il en va de même en ce qui concerne les indemnités prud’homales, les prérogatives des tribunaux de prud’hommes, le référendum d’entreprise, la fusion des instances représentatives des salariés, qui contrairement à ce que dit Le Parisien, ne concerne pas principalement la CFDT, mais la CGT, puisque la première serait en tête (mais de peu) dans le secteur privé. Si l’on fusionne les représentations, et que l’on réduit le nombre de représentants, c’est l’organisation en tête qui en bénéficie. C’est ce qui explique sûrement le but de cette réforme et en même temps, qu’elle ne soit pas considérée comme prioritaire (la CGT pourrait reprendre sa place, ce d’autant plus que la CFDT n’est en tête que par le recul de la première et non parce qu’elle a progressé en influence). En revanche, le fameux chèque syndical qui permettrait au salarié de désigner le syndicat dont il souhaiterait qu’il reçoive une subvention patronale, est clairement un clin d’œil fait aux organisations « syndicales » pourries comme la CFDT, car toute réformiste que soit la direction de la CGT, elle sait très bien qu’il faudrait une drôle de dose d’inconscience du salarié pour aller demander au patron qu’il verse l’argent à la CGT ! Ce sont bien les syndicats-maison comme la CFDT (mais souvent, aussi, FO [1] ) qui bénéficieraient d’une telle mesure. Quant au reste, rien de vraiment nouveau, si ce n’est l’annonce officielle de la liquidation de l’assurance chômage comme organisme où les salariés ont leur mot à dire, et son étatisation.

Évidemment, le gouvernement n’est pas content : Edouard Philippe s’est fendu d’une conférence de presse. La feuille de vigne du dialogue social était largement déchirée ! Mais pour autant, 48 séances de « négociation » sur un projet déjà largement rédigé, qu’est-ce que c’est si ce n’est de l’enfumage ? Il est vrai qu’il faut dédouaner la CFDT et ses amies, pour qu’elles avalisent le reste et que tout le monde (syndicats-collabos, patronat et gouvernement) soit content.

Et pourtant, il faut aller un peu plus loin : en portant plainte pour vol de document, le gouvernement ne vise-t-il pas à faire pression sur les journalistes et ne prépare-t-il pas de nouvelles lois contre la liberté de la presse et les « lanceurs d’alertes », pour compléter les lois Macron déjà liberticides dans ce domaine ? Au nom de quoi prétend-on que la transparence des décisions politiques, la révélation de faits graves et scandaleux, ou de projets de mesures concernant la population, seraient contraire à l’« éthique républicaine » (Murielle Pénicaud) ? L’information des citoyens serait-elle un danger, et pour qui ? Et comment ne pas mettre en parallèle l’annonce que toute une série de mesures liées à l’état d’urgence vont être pérennisées par la loi, et que celui-ci sera prolongé jusqu’en novembre. Depuis 2013, les libertés démocratiques n’arrêtent pas de se réduire comme peau de chagrin au diapason des attaques contre les travailleurs. Décidément, le terrorisme a bon dos ! La République de M. Macron, c’est la République de Thermidor et du Directoire, qui réduisit le peuple à la faim et à la misère, c’est celle de Cavaignac, qui en juin 1848 fusilla les ouvriers parisiens pour réduire les survivants à la misère de manière à baisser les salaires et à liquider les conquêtes sociales, c’est celle de Thiers, Gambetta, Jules Ferry, qui assassinèrent les Communards en 1871 pour les profits de la banque Rothschild et de ses acolytes, et pour en finir avec le mouvement ouvrier.
Cette république, c’est la réaction sur toute la ligne. Et les dirigeants politiques et syndicaux qui l’ont aidé à obtenir 43% des suffrages exprimés sous le prétexte que l’autre était pire, portent la responsabilité de la politique que Macron au nom de la bourgeoisie française, avec le soutien de la bourgeoisie européenne, va mettre en place, politique qui est la pire qui soit contre le prolétariat, les couches moyennes, la petite et moyenne bourgeoisie, la paysannerie laborieuse, la jeunesse, les femmes travailleuses. Contre cette politique, il est plus que jamais nécessaire de reconstruire le Parti du Travail contre le Capital, pour organiser la lutte au plan politique, pour débroussailler le chemin vers la révolution socialiste, pour en finir avec le capitalisme.

Paris, le 9 juin 2017

Notes

[1FO dont est issu le numéro deux du ministère du travail, (ex) membre du PS macronisé, et qui était jusque-là pressenti pour devenir le successeur de Jean-Claude Mailly … Sous Pétain, on faisait plus grand cas des traîtres syndicaux : Belin, le leader du courant anticommuniste de la CGT, fut nommé ministre par Vichy.

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