[KKE] Ne faire confiance à aucun gouvernement bourgeois, ...

... à aucune bourgeoisie, à aucune alliance impérialiste !

Allocution de Kostas Papadakis (membre du Comité Central du KKE, euro­dé­puté du KKE) au sémi­naire orga­nisé par le groupe KKE du Parlement euro­péen le 10 décem­bre 2016 - Version inté­grale, suivie de la ver­sion en pdf télé­char­gea­ble -

Chers Camarades,

Notre sémi­naire d’aujourd’hui a comme objec­tif de mettre en lumière les événements contem­po­rains, com­plexes et sérieux, pour les tra­vailleurs, du point de vue de la réflexion léni­niste, expo­sée il y a 100 ans dans l’ouvrage « A propos du mot d’ordre des États-Unis d’Europe » en se réfé­rant aussi aux autres tra­vaux ana­ly­sant les prin­ci­paux traits de l’impé­ria­lisme comme stade suprême du capi­ta­lisme.

Aujourd’hui, paral­lè­le­ment aux Unions inter-étatiques comme l’OTAN et l’Union Européenne (UE), se créent d’autres Unions en Eurasie, en Amérique Latine, en Asie, qui seraient soi-disant néces­sai­res à l’unité des peu­ples et pour la vie économique des conti­nents. C’est un pro­blème sérieux, parce que même en met­tant de côté les partis mutés por­tant le nom de « com­mu­nis­tes », mais qui ont emprunté la voie de la social-démo­cra­tie, il existe des partis com­mu­nis­tes s’effor­çant de lutter, mais qui ne font pas le lien avec la base économique et sont favo­ra­bles à ces évolutions, fai­sant l’apo­lo­gie du soi-disant « monde mul­ti­po­laire ».

En même temps, au sein même de l’UE, forme avan­cée d’alliance réac­tion­naire entre les États capi­ta­liste d’Europe, on peut obser­ver des déve­lop­pe­ments. C’est dans ce contexte, que doi­vent être ana­ly­sés les événements en lien avec le Brexit, où le méconten­te­ment popu­laire crois­sant s’est tra­duit par un sou­tien aux idées de l’euros­cep­ti­cisme bour­geois. La ten­dance de l’euros­cep­ti­cisme se déve­loppe dans beau­coup de pays de l’UE et les forces fas­cis­tes et d’extrême-droite n’hési­tent pas à en user. Cela se déroule au moment où les partis dits de « gauche » ainsi que les partis oppor­tu­nis­tes liés au cou­rant du soi-disant « Eurocommunisme » lan­cent de vains appels à lutter pour la « démo­cra­ti­sa­tion » de l’UE, pour le « retour aux prin­ci­pes d’ori­gine », pour « l’huma­ni­sa­tion », pour la trans­for­ma­tion de l’UE en une « Europe des peu­ples », où seront res­pec­tés « l’indé­pen­dance et la sou­ve­rai­neté natio­nale ». Tout aussi dan­ge­reux, à notre sens, sont les opi­nions avan­cées par cer­tains, uti­li­sant divers argu­ments pour se reti­rer de la lutte pour abat­tre le capi­ta­lisme au niveau natio­nal, refu­sant ainsi les ensei­gne­ments de Lénine sur la pos­si­bi­lité de vic­toire de la révo­lu­tion dans un seul pays, ensei­gne­ments également expo­sés dans le tra­vail de Lénine cité ci-dessus.

À notre avis, cela se pro­duit parce qu’un cer­tain nombre de posi­tions et d’ana­ly­ses oppor­tu­nis­tes qui en fait com­pren­nent l’impé­ria­lisme sur­tout comme une poli­ti­que exté­rieure d’inter­ven­tions étrangères et de domi­na­tion exté­rieu­res sur un État bour­geois faible par un plus puis­sant, conti­nuent aujourd’hui d’avoir une forte influence dans les rangs du mou­ve­ment com­mu­niste inter­na­tio­nal. Ces ana­ly­ses met­tent sou­vent en lumière les offen­si­ves mili­tai­res impé­ria­lis­tes et les inter­ven­tions des plus puis­sants États capi­ta­lis­tes, la péné­tra­tion des mono­po­les étrangers en vue d’exploi­ter et de contrô­ler le marché d’un pays ou d’une région au sens large, mais en les déta­chant des rela­tions iné­ga­les qui sont partie inté­grante du sys­tème capi­ta­liste et du contenu socio-économique de l’impé­ria­lisme, comme stade suprême et ultime du capi­ta­lisme.
Ces points de vue rédui­sent le mou­ve­ment ouvrier à une condam­na­tion super­fi­cielle des inter­ven­tions impé­ria­lis­tes et en même temps, ils font la pro­mo­tion d’une erreur, celle d’une alliance sociale pos­si­ble de la classe ouvrière avec des forces bour­geoi­ses, dans le but de sur­mon­ter le retard du déve­lop­pe­ment capi­ta­liste dans le pays et d’acqué­rir sa pleine indé­pen­dance natio­nale. Ainsi, l’objec­tif consis­tant à amé­lio­rer la situa­tion d’un pays capi­ta­liste au sein du sys­tème impé­ria­liste, un objec­tif qui conduit à la col­la­bo­ra­tion de classe, devient un objec­tif « anti-impé­ria­liste », un objec­tif « radi­cal » dans la lutte contre la dépen­dance impé­ria­liste et plus encore est pré­senté comme une étape vers le socia­lisme.

C’est pour­quoi il est par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant de faire connaî­tre les ensei­gne­ments de Lénine sur l’impé­ria­lisme en tant qu’époque réac­tion­naire du capi­ta­lisme mor­bide et pour­ris­sant, ayant des traits com­muns dans tous les pays du sys­tème impé­ria­liste, qu’ils soient fai­bles ou puis­sants à tel ou tel moment.

Ces traits com­muns consis­tent dans la domi­na­tion des mono­po­les, des gran­des com­pa­gnies par actions, et dans l’exa­cer­ba­tion de la concur­rence capi­ta­liste, la for­ma­tion du capi­tal finan­cier, la prio­rité donnée à l’expor­ta­tion des capi­taux sur l’expor­ta­tion des mar­chan­di­ses, la lutte pour le repar­tage du monde par les puis­san­ces impé­ria­lis­tes et les grou­pes mono­po­lis­tes inter­na­tio­naux.

La domi­na­tion des mono­po­les et des gran­des com­pa­gnies par actions conduit à l’éloignement et à la sépa­ra­tion de la pro­priété capi­ta­liste d’avec la ges­tion et de l’orga­ni­sa­tion de la pro­duc­tion capi­ta­liste, et cons­ti­tue la base économique de la crois­sance du para­si­tisme de la bour­geoi­sie dans chaque État capi­ta­liste. Des para­si­tes dan­ge­reux s’enri­chis­sent chaque jour sur l’achat et la vente des actions des entre­pri­ses capi­ta­lis­tes, sans avoir aucun autre lien avec les entre­pri­ses en par­ti­cu­lier.

Le para­si­tisme, l’exa­cer­ba­tion de la prin­ci­pale contra­dic­tion entre le carac­tère social de la pro­duc­tion et l’appro­pria­tion privée capi­ta­liste de ses résul­tats, carac­té­rise tous les États capi­ta­lis­tes, indé­pen­dam­ment de leur posi­tion dans le sys­tème impé­ria­liste mon­dial.

Dans le même temps, l’expor­ta­tion des capi­taux accé­lère le déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme dans les pays d’accueil, contri­buant, avec le déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gi­que, au chan­ge­ment des rap­ports de force entre les États dans le sys­tème impé­ria­liste mon­dial, en accord avec la loi du déve­lop­pe­ment inégal.

Lénine a montré dans ses tra­vaux, qu’au début du XXe siècle, un petit groupe d’États occu­pait la posi­tion domi­nante sur le marché mon­dial grâce aux trusts, aux car­tels, et aux rela­tions inter-étatiques entre les États créan­ciers et les États débi­teurs. Il a mis en évidence la crois­sance de la puis­sance de ces États par­ti­cu­liers, jouant le rôle de créan­ciers, d’usu­riers et de ren­tiers par rap­port aux États débi­teurs. Il a mis aussi l’accent sur le groupe des États puis­sants, pos­sé­dant des colo­nies. Suivant la méthode léni­niste, nous devons étudier les chan­ge­ments contem­po­rains dans la posi­tion des États dans le sys­tème impé­ria­liste mon­dial. Aujourd’hui, près de 200 États ont obtenu une indé­pen­dance poli­ti­que. Les rela­tions iné­ga­les entre les pays capi­ta­lis­tes sont pro­pres au sys­tème capi­ta­liste et le chan­ge­ment du rap­port des forces entre les États est la consé­quence de la loi du déve­lop­pe­ment économique inégal. Ainsi, la coo­pé­ra­tion équitable, d’égal à égal, pro­fi­ta­ble à toutes les par­ties, entre les États bour­geois sur des bases capi­ta­lis­tes, est impos­si­ble, même dans le cadre d’une alliance inter-étatique comme l’UE ou dans n’importe quelle autre union capi­ta­liste inter-étatique, et cela ne peut pas être le but de la lutte des com­mu­nis­tes.

Dans le sys­tème impé­ria­liste contem­po­rain s’est formé un régime d’inter­dé­pen­dance non-équitable de tous les pays capi­ta­lis­tes. Les États créan­ciers du XXe siècle se sont aujourd’hui trans­for­més en États débi­teurs (par exem­ple, aujourd’hui, l’immense dette publi­que d’État des USA, de la France et de l’Italie), alors que la Chine est deve­nue un État créan­cier. Le chan­ge­ment de rap­port de force entre le Royaume-Uni et l’Inde dans la période du XXe au XXIe siè­cles en est l’exem­ple le plus fla­grant.

Aujourd’hui, les USA sont la plus grande puis­sance du monde impé­ria­liste car la force de chaque bour­geoi­sie est la somme de sa puis­sance mili­taire, économique et poli­ti­que. Cependant, la ten­dance au chan­ge­ment du rap­port des forces conti­nue, avec la baisse de la part des USA et de l’Eurozone dans le PIB mon­dial et la hausse de la part de la Chine et des autres pays. Ce pro­ces­sus est lié à la créa­tion des nou­vel­les allian­ces inter-étatiques de pays capi­ta­lis­tes comme par exem­ple les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). C’est dans ce contexte que les com­mu­nis­tes doi­vent étudier le déve­lop­pe­ment des allian­ces impé­ria­lis­tes, les rela­tions inter-étatiques iné­ga­les, les dépen­dan­ces mili­tai­res, poli­ti­ques et économiques impé­ria­lis­tes, ainsi que l’inten­si­fi­ca­tion des inter­ven­tions impé­ria­lis­tes, l’expan­sion des conflits locaux, la menace d’une nou­velle guerre inter-impé­ria­liste.
Sans cela, tout pro­nos­tic sera erroné, puisqu’il ne sera pas fondé sur l’inter­dé­pen­dance entre l’économie et la poli­ti­que. Dans ce cas, il y a le danger réel que le mou­ve­ment com­mu­niste inter­na­tio­nal, au lieu d’uti­li­ser les contra­dic­tions impé­ria­lis­tes pour le ren­ver­se­ment révo­lu­tion­naire de la bour­geoi­sie, finisse par servir les inté­rêts d’un des cen­tres impé­ria­lis­tes.

C’est au tra­vers de ce prisme que nous devons étudier des accords majeurs comme le Partenariat Commercial et d’Investissement Transatlantique (TTIP) avec l’UE, dont l’objec­tif vise la pro­duc­tion de 50% de la pro­duc­tion mon­diale actuelle et 30% du com­merce mon­dial. Le TTIP dans son essence est une réponse euro-atlan­ti­que à la crois­sance des économies capi­ta­lis­tes puis­san­tes comme la Chine et l’Inde en Asie, aussi bien que des BRICS dans leur ensem­ble. Des sec­teurs impor­tants de la bour­geoi­sie fran­çaise et alle­mande ont réagi contre cette orien­ta­tion, car ils com­pren­nent que la pro­po­si­tion amé­ri­caine est un « cheval de Troie » pour assu­rer l’hégé­mo­nie des USA en Europe. Dans le même temps, cela coexiste avec les ambi­tions des mono­po­les euro­péens de péné­trer de manière plus déci­sive le marché amé­ri­cain, pas pour intro­duire « des stan­dards d’hygiène et de sécu­rité, dans l’inté­rêt du peuple, qui n’exis­tent pas aux USA », comme le disent les forces bour­geoi­ses et oppor­tu­nis­tes comme le Parti de la Gauche Européenne. L’exem­ple le plus criant est l’acqui­si­tion récente du géant amé­ri­cain Monsanto, dans le domaine des orga­nis­mes géné­ti­que­ment modi­fiés, par le mono­pole alle­mand Bayer. Ainsi, la guerre économique s’active, pas seu­le­ment entre la Russie et les pays euro-atlan­ti­ques, mais aussi à l’inté­rieur du bloc euro-atlan­ti­que entre les USA et l’Allemagne, avec la révé­la­tion des scan­da­les concer­nant Siemens, Volkswagen, Deutsche Bank, Apple.

Dans ces condi­tions, la cri­ti­que de ces accords par la social-démo­cra­tie et les forces oppor­tu­nis­tes concer­nant de tels accords, allé­guant qu’ils vont lais­ser les mains libres aux mono­po­les, qu’ils seront un frein au déve­lop­pe­ment viable et dura­ble, qu’ils limi­te­ront la sou­ve­rai­neté de chaque État, cache l’essen­tiel : que le TTIP, comme tout autre accord ou alliance capi­ta­liste, n’est pas une excep­tion mais bien la confir­ma­tion de la nature du sys­tème capi­ta­liste. Comme Lénine l’a écrit dans son arti­cle à propos de ceux qui prô­nent l’huma­ni­sa­tion des impé­ria­lis­tes : « Y songer serait des­cen­dre au niveau du curé de cam­pa­gne qui, tous les diman­ches, prêche aux riches la majesté du chris­tia­nisme et leur recom­mande de donner aux pau­vres… sinon quel­ques mil­liards, du moins quel­ques cen­tai­nes de rou­bles par an ». (A propos du mot d’ordre des États-Unis d’Europe o.c. t 21 p.353)

Il est évident qu’autour de ce genre d’accords, ainsi qu’avec la dis­cus­sion sur « le monde mul­ti­po­laire » et « la réforme de l’ONU » etc., on cultive, cons­ciem­ment ou pas, l’illu­sion dans les masses popu­lai­res d’un nou­veau monde « paci­fi­que », dans lequel la pos­si­bi­lité d’une guerre mon­diale pour­rait recu­ler grâce à l’appro­fon­dis­se­ment de la coo­pé­ra­tion économique, d’impor­tants accords économiques, des mono­po­les mul­ti­na­tio­naux.

C’est pour­quoi la cri­ti­que léni­niste de la théo­rie de l’"ultra-impé­ria­lisme" est par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nente aujourd’hui. De nom­breu­ses études théo­ri­ques et poli­ti­ques contem­po­rai­nes sont pour l’essen­tiel un retour au noyau de la concep­tion oppor­tu­niste de Kautsky, masqué par de nou­veaux noms (par exem­ple la mon­dia­li­sa­tion, l’empire) sous pré­texte de la prise en compte des ten­dan­ces contem­po­rai­nes.

La montée en puis­sance des socié­tés ayant des action­nai­res de dif­fé­ren­tes natio­na­li­tés, le déve­lop­pe­ment du com­merce inter­na­tio­nal, le ren­for­ce­ment des inter­dé­pen­dan­ces entre les pays capi­ta­lis­tes, sont pré­sen­tés comme des traits contem­po­rains d’une nou­velle étape his­to­ri­que du capi­ta­lisme par rap­port à l’impé­ria­lisme.

En réa­lité, ces phé­no­mè­nes reflè­tent la ten­dance géné­rale à l’inter­na­tio­na­li­sa­tion de la pro­duc­tion, des inves­tis­se­ments, du mou­ve­ment du capi­tal dans le cadre du marché capi­ta­liste mon­dial. Cependant cette ten­dance ne sau­rait nier la loi du déve­lop­pe­ment inégal, ni que la plus grande partie de la repro­duc­tion du capi­tal social est réa­li­sée dans le cadre de l’économie capi­ta­liste de l’État-nation. C’est sur la base de ce mou­ve­ment objec­tif et contra­dic­toire de l’économie capi­ta­liste que les contra­dic­tions inter-impé­ria­lis­tes s’exa­cer­bent. La loi du déve­lop­pe­ment inégal est l’une des bases du chan­ge­ment des condi­tions maté­riel­les de la for­ma­tion des allian­ces entre les États capi­ta­lis­tes, en par­ti­cu­lier à l’époque du capi­ta­lisme mono­po­liste.

Lénine a fort bien mis en relief cette conclu­sion par­ti­cu­lière en exa­mi­nant le contenu économique du mot d’ordre des États-Unis d’Europe. Il a sou­li­gné que sous le capi­ta­lisme ces États-Unis d’Europe seraient, soit impos­si­bles, soit réac­tion­nai­res, car ils revien­draient à un accord per­ma­nent sur le par­tage des colo­nies et des mar­chés entre les grands États bour­geois euro­péens. Il a expli­qué que des accords tem­po­rai­res seraient pos­si­bles entre les États euro­péens pour étouffer ensem­ble le socia­lisme en Europe, et pour pro­té­ger le pillage colo­nial et les mar­chés qu’ils contrô­lent en fai­sant bloc contre les USA et le Japon.

Les faits mon­trent la jus­tesse des ensei­gne­ments de Lénine. Les allian­ces impé­ria­lis­tes sont des allian­ces inter-étatiques repré­sen­tant les inté­rêts com­muns des bour­geoi­sies des États mem­bres. Leurs inté­rêts com­muns tou­chent à la crois­sance de leurs mono­po­les, le ren­for­ce­ment de leur com­pé­ti­ti­vité dans les condi­tions de l’exa­cer­ba­tion de la concur­rence dans le sys­tème impé­ria­liste mon­dial, ainsi que la confron­ta­tion com­mune avec le mou­ve­ment ouvrier, avec la volonté de neu­tra­li­ser les partis com­mu­nis­tes révo­lu­tion­nai­res.

Cependant, la com­mu­nauté d’inté­rêts des mono­po­les des dif­fé­rents États d’une alliance impé­ria­liste ne peut faire dis­pa­raî­tre l’iné­ga­lité et l’orga­ni­sa­tion en État-natio­nal sur laquelle s’appuie l’accu­mu­la­tion capi­ta­liste. La com­mu­nauté des inté­rêts ne peut faire dis­pa­raî­tre la concur­rence et les contra­dic­tions à l’inté­rieur d’une alliance impé­ria­liste donnée, mais aussi entre les dif­fé­ren­tes allian­ces et coa­li­tions impé­ria­lis­tes. Les chan­ge­ments dans le rap­port de force inter­na­tio­nal mènent aux chan­ge­ments dans la com­po­si­tion et dans la struc­ture des allian­ces impé­ria­lis­tes. Des allian­ces impé­ria­lis­tes et l’exa­cer­ba­tion brus­que des contra­dic­tions inter-impé­ria­lis­tes menant à la dis­so­lu­tion des allian­ces, sont les deux faces de la même médaille.

L’exem­ple de l’UE est carac­té­ris­ti­que. Cette struc­ture repré­sente aujourd’hui une forme avan­cée d’alliance entre les États capi­ta­lis­tes d’Europe, ayant tra­versé plu­sieurs stades de déve­lop­pe­ment.

Chers Camarades,
Dans les condi­tions dif­fi­ci­les et com­plexes d’aujourd’hui, quand s’exa­cer­bent les contra­dic­tions inter-impé­ria­lis­tes dans la lutte pour les matiè­res pre­miè­res et énergétiques, pour les voies de trans­port des mar­chan­di­ses, pour les parts de marché, la menace d’une guerre impé­ria­liste est de plus en plus grande. Les com­mu­nis­tes doi­vent briser les illu­sions sur un pré­tendu "monde mul­ti­po­laire paci­fi­que" et doi­vent se battre métho­di­que­ment, avec encore plus de déter­mi­na­tion, pour que la classe ouvrière ne s’aligne pas sur la bour­geoi­sie de son propre pays et qu’elle ne soit pas prise au piège du choix entre des allian­ces impé­ria­lis­tes dif­fé­ren­tes. A notre avis, pour que cet objec­tif soit atteint, il est néces­saire de mul­ti­plier les efforts dans la lutte poli­ti­que et économique quo­ti­dienne et que celle-ci ne soit jamais déta­chée de l’objec­tif poli­ti­que révo­lu­tion­naire. Le but est de mettre en place le pou­voir de la classe ouvrière et ce but ne doit pas être mis en marge pour quel­que but poli­ti­que « tran­si­toire » sur le ter­rain du capi­ta­lisme (par exem­ple, le chan­ge­ment du gou­ver­ne­ment bour­geois). La direc­tion stra­té­gi­que révo­lu­tion­naire doit rester inchan­gée aussi bien dans les condi­tions de montée que dans les condi­tions d’affai­blis­se­ment du mou­ve­ment, sans la vider de sa sub­stance au nom de la mani­fes­ta­tion de la crise économique, de la montée du fas­cisme, ainsi que lors de la menace ou pen­dant une guerre impé­ria­liste.

Chers Camarades,
Les com­mu­nis­tes doi­vent éduquer le peuple et orien­ter le mou­ve­ment ouvrier pour que le peuple ne fasse confiance à aucun gou­ver­ne­ment bour­geois, à aucune bour­geoi­sie, à aucune alliance impé­ria­liste. C’est comme cela que les com­mu­nis­tes pour­ront uti­li­ser les contra­dic­tions inter-impé­ria­lis­tes pour la réa­li­sa­tion de la mis­sion his­to­ri­que de la classe ouvrière et répon­dre à une sou­daine exa­cer­ba­tion de la lutte des clas­ses.

A cette fin, il est impor­tant d’expli­quer patiem­ment qu’aucune alliance impé­ria­liste ne peut être stable et per­ma­nente et que dans le même temps, de par sa nature, elle est tou­jours réac­tion­naire. Par exem­ple, cer­tains partis com­mu­nis­tes ont vu dans la for­ma­tion de l’UE et de la zone euro un phé­no­mène pro­gres­siste. Encore aujourd’hui, il existe des confu­sions simi­lai­res et des posi­tions erro­nées qui omet­tent le carac­tère réac­tion­naire de l’UE et le rôle joué par le déve­lop­pe­ment inégal en son sein. Il est également par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant que soit com­pris que toutes les bour­geoi­sies de chaque alliance impé­ria­liste, sont conjoin­te­ment res­pon­sa­bles de l’esca­lade de l’offen­sive contre la classe ouvrière.

Par consé­quent, la néces­sité de la confron­ta­tion et de la rup­ture avec l’UE, et avec chaque alliance capi­ta­liste inter-étatique, doit cons­tam­ment être avan­cée comme carac­té­ris­ti­que de la lutte pour le ren­ver­se­ment du pou­voir des mono­po­les, que le pou­voir des tra­vailleurs est une condi­tion préa­la­ble pour que le désen­ga­ge­ment d’un pays de n’importe quelle alliance impé­ria­liste se fasse dans l’inté­rêt du peuple.

En réa­li­sant cette stra­té­gie, et au cours de sa mise en œuvre, le mou­ve­ment ouvrier révo­lu­tion­naire sera en mesure d’uti­li­ser les contra­dic­tions dans les rangs de l’UE et de l’OTAN impé­ria­lis­tes pour dés­ta­bi­li­ser le pou­voir bour­geois dans chaque État membre de l’UE et la cohé­sion de l’UE anti-popu­laire et réac­tion­naire elle-même.

Une ques­tion clef est que chaque parti com­mu­niste élabore une stra­té­gie révo­lu­tion­naire dans son propre pays, qu’il lutte contre l’oppor­tu­nisme qui pousse le mou­ve­ment popu­laire à se traî­ner à la remor­que de la bour­geoi­sie, en dif­fu­sant les illu­sions sur « l’huma­ni­sa­tion » de la poli­ti­que des allian­ces impé­ria­lis­tes (par exem­ple celles véhi­cu­lées par le PGE en ce qui concerne l’Union euro­péenne). Chaque parti com­mu­niste doit conso­li­der ses liens avec la classe ouvrière et les cou­ches popu­lai­res dans le but de les mobi­li­ser dans la lutte pour la satis­fac­tion de leurs besoins immé­diats et ainsi éveiller leur cons­cience de classe poli­ti­que. Dans ce sens, la lutte des clas­ses est unique (économique, idéo­lo­gi­que, poli­ti­que) quel que soit le rap­port de forces entre les clas­ses anta­go­nis­tes, favo­ra­bles ou non, comme par exem­ple aujourd’hui en Grèce et dans le monde. Ainsi, la lutte pour des infra­struc­tu­res publi­ques moder­nes entiè­re­ment gra­tui­tes et des ser­vi­ces médi­caux, pour la récu­pé­ra­tion des pertes dont le peuple a souf­fert pen­dant la crise, pour l’abro­ga­tion des lois allant à l’encontre des inté­rêts des tra­vailleurs, cette lutte doit être inté­grée dans une ligne de rup­ture avec l’UE, avec le Capital et son pou­voir, pour le pou­voir des tra­vailleurs, pour la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat, ce qui conduira à un désen­ga­ge­ment total de l’UE et de l’OTAN, à la socia­li­sa­tion des mono­po­les et des moyens de pro­duc­tion en géné­ral.

En même temps, il est impor­tant de ren­for­cer la coor­di­na­tion de la lutte au niveau euro­péen et inter­na­tio­nal, en pre­nant en compte les besoins actuels et les droits de la classe ouvrière. Les inter­ven­tions de l’Initiative des Partis Communistes et Ouvriers d’Europe pour condam­ner les plans impé­ria­lis­tes de l’UE et des som­mets de l’OTAN, la condam­na­tion des inter­ven­tions impé­ria­lis­tes en Syrie, en Irak, en Libye, en Ukraine, la condam­na­tion des atta­ques d’Israël contre le peuple pales­ti­nien, la condam­na­tion des plans impé­ria­lis­tes élaborés lors des som­mets de l’OTAN et de l’UE concer­nant la divi­sion de Chypre, vont dans cette direc­tion. Il faut condam­ner le ren­for­ce­ment de la mili­ta­ri­sa­tion de l’UE dans le cadre de la "Communauté Européenne de Défense" et de sa "stra­té­gie mon­diale", la créa­tion de l’Euro-armée. Il faut aller dans le sens du déve­lop­pe­ment de l’action visant à éviter le danger d’une guerre impé­ria­liste mon­diale, que l’accen­tua­tion des contra­dic­tions inter-impé­ria­lis­tes dans de nom­breux endroits de notre pla­nète est en train de créer.

Chers Camarades,
Depuis que Lénine a écrit « A propos du mot d’ordre des États-Unis d’Europe » et « L’impé­ria­lisme, stade suprême du capi­ta­lisme », un siècle est passé, mais cela reste une arme impor­tante dans les mains des com­mu­nis­tes pour la com­pré­hen­sion du monde contem­po­rain et dans notre lutte pour le ren­ver­se­ment de la bar­ba­rie capi­ta­liste et pour la cons­truc­tion d’une société socia­liste-com­mu­niste.

Traduction réa­li­sée par la com­mis­sion inter­na­tio­nale du Parti Communiste Révolutionnaire de France à partir des ver­sions russe et anglaise.

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    Le Parti Communiste Révolutionnaire de France exprime ses condo­léan­ces les plus fra­ter­nel­les au pro­lé­ta­riat, aux masses popu­lai­res de Manchester, aux bles­sés, aux famil­les des vic­ti­mes de l’atten­tat per­pé­tré le 22 mai 2017 contre les mil­liers de jeunes réunis pour un spec­ta­cle. Nous sommes cho­qués (...)
  • Russie : Liberté pour nos camarades !

    Le 9 mai 2017, plu­sieurs mem­bres du Parti Communiste Ouvrier de Russie (PCOR) ont été arrê­tés durant les mani­fes­ta­tions et incar­cé­rés pour plu­sieurs jours alors qu’aucune vio­la­tion mani­feste de la loi n’a été com­mise. Parmi eux, un membre du Comité Central et l’un des res­pon­sa­bles de l’orga­ni­sa­tion de (...)
  • [IPCOE] Conférence de Berlin sur la victoire des peuples contre le fascisme

    L’ini­tia­tive euro­péenne des partis com­mu­nis­tes et ouvriers (IPCOE) a tenu un plenum le 7 mai 2017 à Berlin, pour fêter le 72e anni­ver­saire de la vic­toire des peu­ples contre le fas­cisme. Ce ras­sem­ble­ment a été orga­nisé par le Parti Communiste de Grèce (KKE) et le Parti Communiste de Turquie (TKP). Les (...)
  • Syrie : Communiqué du PCRF

    Dans la nuit du jeudi 6 au ven­dredi 7 avril 2017, 59 mis­si­les « Tomahawk » ont été tirés depuis les navi­res de la marine amé­ri­caine basés en Méditerranée, tou­chant plu­sieurs cibles sur la base aérienne syrienne de Shayrat, dans la région d’Homs, dans l’ouest de la Syrie ; ces frap­pes ont fait au moins 7 (...)
  • Rome, 25 mars 2017 : intervention de Maurice Cukierman

    À décou­vrir, ci-des­sous, l’inter­ven­tion de Maurice Cukierman, Secrétaire géné­ral du Parti Communiste Révolutionnaire de France, invité par le Partito Communista (Italia) à Rome, le 25 mars 2017, à l’occa­sion du 60ème Anniversaire du Traité de Rome. (Cliquez sur la vignette) Manifestation contre l’UE, qui (...)
  • Traité de Rome : déclaration de l’IPCOE

    Déclaration de l’INITIATIVE des PARTIS COMMUNISTES et OUVRIERS EUROPÉENS (IPCOE) à propos du 60ème Anniversaire du Traité de Rome : Malgré les nom­breu­ses célé­bra­tions orga­ni­sées par l’UE à l’occa­sion du 60e anni­ver­saire de sa créa­tion, l’Union euro­péenne ne peut cacher son carac­tère impé­ria­liste, sa (...)