Le Venezuela à la croisée des chemins

Depuis l’élection de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), l’été dernier, peu de nouvelles nous sont parvenues concernant le Venezuela dans les informations bourgeoises. Et pourtant, la situation politique du pays connaît, à quelques mois de l’élection présidentielle de mars/avril 2018, un moment certainement plus critique que lors des dernières violences fascistes tant célébrées par la bourgeoisie occidentale.
L’ANC, élue lors des élections du 30 juillet 2017, a été une victoire écrasante du « chavisme » et une réussite de la stratégie du gouvernement pour mettre un terme à la violence promue par la droite pro-impérialiste dans les rues. La totalité des 545 députés appartiennent au PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela) à cause du boycott de l’opposition aux élections, et le parti de Maduro s’est garanti le contrôle institutionnel sur les pouvoirs législatif et exécutif. Suite à l’éclatement de la MUD (Plate-forme d’Unité Démocratique, coalition de la droite dans l’opposition soutenue par le grand Capital privé), suite à des désaccords au sein de la droite, les élections régionales d’octobre et les municipales de décembre 2017 ont été un jeu d’enfant pour un PSUV qui garde une énorme capacité de mobilisation parmi les couches populaires vénézuéliennes. La seconde moitié de 2017 a été pour le PSUV une étape de reprise en main des organismes de l’État après des mois où la droite semblait prendre le dessus du gouvernement dans les rues et les institutions.
La violence fasciste stoppée et la MUD divisée, la reprise du contrôle institutionnel de la part du PSUV n’en est pas pour autant une victoire populaire (encore moins révolutionnaire) et l’inquiétude sur l’avenir du pays est à son comble. Quelque part, l’éclatement de l’opposition est relatif, car tous les bourgeois sont d’accord sur une chose : produire toujours plus de survaleur (plus-value) et renforcer l’accumulation. Donc la guerre économique continue et atteint des points insupportables. L’hyperinflation est due au manège spéculatif du grand Capital (La spéculation avec des produits basiques de la part de la grande bourgeoisie importatrice très bien expliquée ICI  ), et à ses pratiques monétaires illicites qui bloquent de grandes quantités de liquidités pour spéculer sur la monnaie. Cela a une répercussion terrible sur la classe ouvrière et les couches populaires, qui, malgré la hausse des salaires (qui ont monté de 40% depuis le début de l’année) peinent à trouver de quoi manger jour après jour. Les aliments, les médicaments, les produits d’hygiène sont l’objet du boycott et de la spéculation et se trouvent à des prix prohibitifs. Le gouvernement, dont les mesures économiques principales sont la frappe incontrôlée de monnaie pour subvenir aux besoins en liquidités des particuliers et le développement de réseaux publics de distribution d’aliments, en échec, ne réussit pas à contrer la pénurie. Côté international, le pays souffre d’un manque catastrophique de devises après les sanctions des États-Unis, du Canada et de l’Union Européenne, qui rendent difficile l’exportation du pétrole aux partenaires commerciaux « traditionnels » du Venezuela. Le gouvernement, isolé au plan politique et commercial par les puissances impérialistes, se tourne vers la Russie et la Chine pour garantir l’entrée des devises dont le pays a tant besoin, risquant de tomber dans un rapport de dépendance impérialiste comme celui que le pays avait auparavant avec les États-Unis.
Côté politique, les conditions sont réunies pour une explosion sociale à grande échelle contre le gouvernement, qui pourrait se produire à tout moment dès lors que de larges secteurs de la droite y appelleraient. Mais elle n’appelle pas, et il faut se demander pourquoi ? Le PSUV de Maduro n’a pas utilisé son écrasante victoire pour imposer par la force la ligne populiste qui l’a caractérisé depuis sa création. Les secteurs défaitistes et ceux prêts à passer la main à l’opposition ont pris les rênes du PSUV et du Gouvernement. Celui-ci n’a pas non plus pris les mesures draconiennes permettant de lancer une vraie production agraire et industrielle nationale. Au contraire, il a plié le dos face au boycott interne et externe et il a choisi la politique de la « conciliation » avec la même bourgeoisie qui était derrière les violences fascistes de 2014 et 2017. La Loi sur l’Investissement Productif Étranger donne des privilèges au capital transnational, le gouvernement recule sur sa célèbre Loi des Prix Justes et fait des pas vers la libéralisation des prix. De leur côté, les négociations à Santo Domingo (République Dominicaine) avec les agents politiques de la bourgeoisie vénézuélienne s’orientent vers le compromis avec les forces fascistes bourgeoises qui ont provoqué 43 morts en 2014 et 127 en 2017. Tout ça à quelques semaines de l’élection présidentielle de mars/avril !
Le Parti Communiste du Venezuela (PCV) est le 2ème parti du camp chaviste, le 3ème du pays en nombre de voix aux élections régionales et municipales de fin 2017, malgré une politique anticommuniste systématique lors des élections municipales de la part du PSUV (voir tableaux ci-dessous).

Le PCV, qui a poursuivi une loyale politique de soutien critique du processus démocratique-bourgeois entamé dans le pays avec la victoire électorale d’Hugo Chavez, se trouve confronté à un moment clé de son histoire. Le PSUV ayant épuisé ses possibilités en tant qu’avant-garde interclassiste et bureaucratique de la lutte de libération nationale, un tournant réactionnaire pourrait s’affirmer. Le soutien du PCV au candidat Maduro pour les présidentielles n’est, pour le moins, pas acquis. La stratégie du Parti, élaborée au 14ème Congrès de 2011 et confirmée au 15ème en 2017, affirme la nécessité d’établir une nouvelle configuration de l’alliance prolétarienne-paysanne-petite bourgeoise existante dans le pays pour créer un nouveau rapport de forces entre les secteurs opposés organiquement à l’impérialisme et au grand capital. Une configuration dans laquelle la classe ouvrière, qui connaît au Venezuela une organisation plus développée que dans la plupart des pays capitaliste, serait l’avant-garde du processus de développement des forces productives et de leur postérieure socialisation. La VIIIème Séance Plénière du Comité Central du PCV, suivant la ligne démocratiquement élaborée lors des deux derniers Congrès, a convoqué la 14ème Conférence Nationale du Parti qui doit se dérouler avant les élections présidentielles, et dont la date est fixée au 22 avril 2018. Cela devrait permettre de définir sa position et la stratégie à suivre dans les prochains mois, avec la question du maintien ou du retrait de la position de soutien critique au gouvernement, et le lancement d’une campagne générale d’organisation de la classe ouvrière en vue de l’organisation de la Révolution Prolétarienne dans le pays.

Tout indique qu’à cette 14ème Conférence va se jouer l’avenir de la classe ouvrière vénézuélienne. Le Parti Communiste Révolutionnaire de France exprime son soutien plein et entier et sa fraternité internationaliste au Parti Communiste du Venezuela. Par son intelligence politique et sa discipline s’appuyant sur le marxisme-léninisme, le PCV est l’outil essentiel du prolétariat vénézuélien dans son combat pour la révolution socialiste.

Vive le Parti Communiste du Venezuela !
Vive l’internationalisme prolétarien !

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