EDITO : "La Réaction en Marche"

Les Présidentielles comme les Législatives sou­li­gnent la pro­fon­deur de la crise poli­ti­que que tra­verse le pays. C’est l’abs­ten­tion (avec le vote blanc et nul) qui témoi­gne de son ampleur. Et c’est vrai dès le pre­mier tour des Présidentielles : aucun can­di­dat ne tota­lise plus de 18,5% des ins­crits, quand le refus de choi­sir entre les uns et les autres monte à 25%. Au second tour, c’est un tiers des électeurs qui refuse le piège Macron-Le Pen, malgré une pres­sion for­mi­da­ble. D’un autre côté, il est dif­fi­cile de consi­dé­rer que les électeurs qui ont cru faire bar­rage à Le Pen sou­tien­nent son pro­gramme ! Le second tour ne lui donne pas la légi­ti­mité recher­chée, même si la res­pon­sa­bi­lité de ceux qui ont appelé à voter pour lui (diri­geants du PCF et lea­ders syn­di­caux en par­ti­cu­lier) est lourde.

La crise est devant nous.

Les élections légis­la­ti­ves voient le phé­no­mène explo­ser. Ce scru­tin a lieu en France depuis mai 1848 au suf­frage uni­ver­sel mas­cu­lin, puis en 1946 au suf­frage réel­le­ment uni­ver­sel (ce qui ne change pas grand-chose au niveau des résul­tats). Jamais, pas même sous Napoléon III ou au moment de la crise Boulanger sous la Troisième République, il n’y a eu un tel résul­tat : 53% (au pre­mier tour) et 61% (au second tour) de refus de choix, sur des bases com­pa­ra­bles puis­que seuls 4 dépu­tés ont été élus au pre­mier tour. Quelque part, le can­di­dat à la recons­truc­tion d’une nou­velle social-démo­cra­tie Jean-Luc Mélenchon n’a pas tort : la Veme République est à bout de souf­fle. Le pro­blème, c’est qu’il ne dit pas pour­quoi, et que sa VIeme République reste dans son essence tout aussi bour­geoise que l’actuelle. Et tout semble indi­quer que der­rière les pseudo ana­ly­ses, sur la fati­gue poli­ti­que, le défi­cit démo­cra­ti­que, le renou­vel­le­ment, l’entrée de la société civile, les femmes, la jeu­nesse, l’inex­pé­rience… la crise est bel et bien devant nous et pas der­rière. En témoi­gne le fait sans pré­cé­dent que quatre minis­tres, et à des postes clefs, aient démis­sionné au cours d’un rema­nie­ment minis­té­riel qui tra­di­tion­nel­le­ment est une simple for­ma­lité. Ce gou­ver­ne­ment est faible. Avec une majo­rité en sièges indis­cu­ta­ble, et le main­tien du MODEM dans la coa­li­tion, il est obligé de se cons­ti­tuer une « réserve » avec le groupe LR/UDI, comme s’il n’était pas sûr de ses nou­veaux dépu­tés !

Le régime pré­si­den­tiel est en partie déconsi­déré : « Ils se suc­cè­dent et font la même poli­ti­que ». Mais le sys­tème a eu pour consé­quence le dis­cré­dit par­le­men­taire (ce que vou­lait de Gaulle et la bour­geoi­sie en 1958), aggravé par les modi­fi­ca­tions cons­ti­tu­tion­nel­les (quin­quen­nat et calen­drier électoral) avec la par­ti­ci­pa­tion du Parti socia­liste. À cela s’ajoute la mani­pu­la­tion du suf­frage uni­ver­sel : avec 19% des voix des ins­crits au second tour (32% des votants au pre­mier tour), obte­nir 60% des sièges, ça res­sem­ble aux élections dans les répu­bli­ques bana­niè­res centre-amé­ri­cai­nes des années 30 ! Ils peu­vent tou­jours iro­ni­ser sur les résul­tats électoraux dans les ancien­nes colo­nies afri­cai­nes (où là les métho­des sont plutôt celles que semble pré­fé­rer M. Valls) ! Et pour conti­nuer, avec moins de 30% des ins­crits (55% des expri­més au pre­mier tour), l’ensem­ble des can­di­dats du patro­nat (LR+UDI+MODEM+LRM+DVD) obtient… 84,5% des sièges. Il n’est donc pas étonnant que les son­da­ges révè­lent que pour la pre­mière fois une majo­rité de Français se pro­nonce pour la pro­por­tion­nelle pure et simple !

Mais ce n’est que la partie visi­ble de l’ice­berg. La réa­lité, c’est que la classe ouvrière et les masses popu­lai­res subis­sent depuis des années le poids de la crise du capi­ta­lisme, avec ses restruc­tu­ra­tions de l’appa­reil pro­duc­tif, l’inten­si­fi­ca­tion de la concur­rence, les délo­ca­li­sa­tions, la remise en cause de ses conquê­tes socia­les. Elle n’a plus de repré­sen­ta­tion poli­ti­que depuis 1976, année du ral­lie­ment du PCF à l’euro­com­mu­nisme, et la défaite du socia­lisme réel a obs­curci les pers­pec­ti­ves his­to­ri­ques. Là où la crise a dévasté les régions, la déma­go­gie fron­tiste fait des rava­ges dans une popu­la­tion débous­so­lée, sans avenir. Le recul du syn­di­ca­lisme, l’absence d’un parti capa­ble d’orga­ni­ser, d’éduquer, de diri­ger la classe contre la bour­geoi­sie et ses moyens colos­saux, c’est fon­da­men­ta­le­ment là que se situe le pro­blème : parce qu’il n’y a pas d’alter­na­tive poli­ti­que qui se dégage dans la classe ouvrière et les masses popu­lai­res contre la bour­geoi­sie, contre le capi­ta­lisme. Et Mélenchon, der­rière les appa­ren­ces, ne répond pas à cette absence, parce que sa vision idyl­li­que des choses, c’est Léon Blum en 1936, le CNR en 1945, ramené à Mitterrand en 1981 ! Et si nous nous réjouis­sons que des syn­di­ca­lis­tes, avec le Front Social entre autres, essayent de leur côté d’amener la CGT, SUD et la FSU à jouer leur rôle d’orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les de classe contre la poli­ti­que ultra réac­tion­naire que nous annonce Macron, cela ne répond pas plus à notre pro­blème. Ce mou­ve­ment est for­te­ment marqué par l’économisme de type anar­cho-syn­di­ca­liste, et il a la pro­pen­sion à consi­dé­rer que la grève géné­rale reconduc­ti­ble est la pana­cée pour gagner dans la lutte des clas­ses ! Mais c’est oublier que l’abou­tis­se­ment de la lutte des clas­ses révo­lu­tion­naire, c’est le pou­voir de la classe ouvrière, la pro­priété col­lec­tive (sociale) des moyens de pro­duc­tion et d’échange et la pla­ni­fi­ca­tion cen­tra­li­sée. Cela dit, dans les condi­tions concrè­tes d’aujourd’hui, l’objec­tif immé­diat est de mettre en échec les diri­geants syn­di­caux conci­lia­teurs, adep­tes de la « concer­ta­tion sociale entre par­te­nai­res sociaux ». Le gou­ver­ne­ment et la pré­si­dence ont annoncé la cou­leur, le calen­drier, la forme… Il est inad­mis­si­ble que le mou­ve­ment syn­di­cal verse dans l’atten­tisme ! Les mani­fes­ta­tions « pique-nique », comme celle du 27 juin, sont des leur­res. Si cer­tains pen­sent que c’est ce qui va mettre en échec le gou­ver­ne­ment, il faut les réveiller ! L’offen­sive qui se pré­pare contre la classe ouvrière et les masses popu­lai­res néces­site une riposte au niveau de l’atta­que, et donc une pré­pa­ra­tion des tra­vailleurs à la bataille : des appels à l’action, mais aussi une mobi­li­sa­tion excep­tion­nelle, pro­fes­sion­nelle et inter­pro­fes­sion­nelle (les confé­dé­ra­tions doi­vent jus­ti­fier leur exis­tence !) et sans la CFDT. De la même manière, la vigi­lance s’impose à la CGT vis-à-vis des cou­rants de col­la­bo­ra­tion des clas­ses qui exis­tent, en par­ti­cu­lier à l’UGICT, comme on l’a vu en juin der­nier, où cer­tains sont montés au cré­neau pour dédoua­ner la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale.

Un pou­voir faible

Personne ne doit cepen­dant pren­dre ses désirs pour des réa­li­tés. Ce pou­voir est fina­le­ment faible et il l’aurait été plus encore sans ceux qui ont pensé qu’un can­di­dat réac­tion­naire « propre sur lui », valait mieux qu’une can­di­date réac­tion­naire vul­gaire et xéno­phobe. Les deux sont les enne­mis des tra­vailleurs. La vic­toire à la Pyrrhus que la bour­geoi­sie vient de rem­por­ter ne règle pas les pro­blè­mes du capi­ta­lisme dans notre pays. Mais la bour­geoi­sie fran­çaise a le sou­tien de la bour­geoi­sie de l’Union Européenne ; la bataille qui com­mence va être dif­fi­cile et longue, et elle aura des pro­lon­ge­ments pour toute la classe ouvrière euro­péenne. Cela néces­site une rup­ture de la CGT avec la CES et le ren­for­ce­ment de la FSM. C’est par la lutte qu’il nous faut rap­pe­ler à Macron que la Roche Tarpéienne peut être proche du Capitole (À Rome, la Roche Tarpéienne était le lieu d’où étaient jetés les poli­ti­ciens condam­nés à mort). Mais cela ne sera pos­si­ble que si les luttes défen­si­ves vont de pair avec la réa­li­sa­tion d’une tâche déci­sive : la période qui com­mence avec la « Réaction en Marche » (LRM) pose la ques­tion du ren­for­ce­ment de notre parti. Les cam­pa­gnes autour de ses can­di­dats ont montré qu’elles avaient de l’écho (le résul­tat en voix dans cette affaire est secondaire) et ont permis de tisser des liens avec les tra­vailleurs. Mais au-delà, nous sommes réa­lis­tes : il est temps que tous ceux qui se consi­dè­rent comme des com­mu­nis­tes, des révo­lu­tion­nai­res, se réu­nis­sent, polé­mi­quent, agis­sent ensem­ble, se concer­tent, pour aller vers la cons­truc­tion du parti com­mu­niste dont la classe ouvrière en France, en Europe, dans le monde a besoin pour en finir avec l’exploi­ta­tion de l’homme par l’homme et lutter pour la paix. Il faut, et le plus rapi­de­ment pos­si­ble, ouvrir la voix au futur : la révo­lu­tion socia­liste-com­mu­niste !

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