Femmes victimes de violences

<< Balance ton... capitalisme ! >>

Depuis la mi-octobre, on assiste en France à une agitation médiatico-politique inédite autour de la cause des femmes. Pour les communistes, soucieux d’analyser concrètement toutes les composantes de la vie sociale, la question des violences et discriminations à l’égard des femmes doit être prise dans toutes ses dimensions : celle des constats, sur la base de données chiffrées et de témoignages, qui disent la gravité de la situation ; mais aussi celle des causes fondamentales de cette situation et des solutions durables aux injustices et souffrances subies par les femmes.

C’est ainsi que doit s’apprécier le phénomène « #BalanceTonPorc », plateforme de témoignages lancée par une journaliste à la suite de l’affaire Weinstein (producteur hollywoodien accusé de harcèlement et d’agressions sexuels à l’encontre de nombreuses actrices), et relayée sur les réseaux sociaux : en quelques jours, l’objectif affiché, à savoir « libérer la paroles des femmes victimes de violences sexuelles  » notamment sur leur lieu de travail, était atteint, avec des dizaines de milliers de tweets envoyés, qui témoignent de l’ampleur du phénomène, et l’imposent dès lors comme une préoccupation sociale majeure.

Mais s’agissant des causes de ces violences et des effets de cette campagne de délation à vaste échelle, une telle initiative médiatique montre aussi ses limites :

Bien loin d’une hypothétique « guerre des sexes », où les femmes seraient victimes des pulsions animales masculines, bien loin d’un hypothétique « patriarcat social » invalidé par de nombreuses recherches scientifiques, l’ensemble des témoignages met clairement en accusation les rapports sociaux qui prévalent dans le monde du travail, au sein de notre système économique : rapports de subordination et d’exploitation, où seule la vente de sa force de travail détermine la place du salarié dans la hiérarchie de l’entreprise ; si ce salarié est une femme, le rapport de subordination est aggravé par les effets de la place historiquement réservée aux femmes dans une société capitaliste, comme l’a démontré Engels dans «  L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État » : reproduction et production, avec apparition de la prostitution comme « complément », d’une part, de la monogamie instituée pour le bourgeois (« concentration des richesses dans les mêmes mains ») et d’autre part, du trop faible salaire pour la prolétaire. Les violences sexuelles généralisées s’inscrivent clairement dans la persistance de rapports sociaux fondés sur la marchandisation de toute activité humaine ; il suffit de penser aux innombrables affiches publicitaires qui, aujourd’hui encore, réunissent produit à vendre et femme(s) - sans aucun lien entre les besoins des femmes et le produit vendu - dans un même acte de promotion marchande.

Par ailleurs, les effets de l’opération « #BalanceTonPorc » s’avèrent dangereux, y compris dans la lutte des femmes : certes la parole des victimes « se libère », mais dans des conditions d’anonymat, d’absence de contrôle, de droit de dénoncer sans prouver (donc de diffamer) qui risquent fort de jeter le discrédit sur cette parole et de constituer un précédent à une « fièvre délatrice » qui pourrait s’emparer des réseaux sociaux, contre toutes sortes de « coupables »... Plusieurs juristes s’inquiètent de voir ce grand « déversoir d’accusations » remettre en cause un des fondements du droit pénal, à savoir la présomption d’innocence, qui implique que la charge de la preuve revient à l’accusation ; de ce point de vue, le tweet de Jacques Toubon, « Défenseur des droits » nommé par Hollande (« En cas de harcèlement sexuel, c’est à l’auteur des faits de démontrer devant la justice qu’il n’y a pas eu harcèlement ») fait froid dans le dos...

Autre danger : celui de la récupération politique, qui n’a pas tardé, avec le discours prononcé par Macron à l’Élysée le 25 novembre 2017, prétendant faire de la question des femmes une « grande cause nationale » de son quinquennat.

Dans la plus pure veine sarkozyenne, avec un art consommé de l’enfumage et de la duperie médiatique, Macron surfe sur une émotion légitime pour annoncer un « plan d’action contre les violences sexistes et sexuelles », dont certaines mesures paraissent dérisoires et de surcroît non financées (délais de prescription pour mineurs augmentés, quelques unités de psychotraumatologie supplémentaires) ; la plupart des autres mesures existent déjà dans la loi de 2014 ; enfin celle concernant de « délit d’outrage sexiste » a déclenché la risée du monde judiciaire (« le délit d’outrage sexiste immédiatement verbalisable » est un non-sens, en terme de droit, puisque un délit relève du seul tribunal correctionnel ; sans parler de la notion d’ « outrage sexiste », indéfinissable, pénalement...).

Ce prétendu plan d’action en faveur des femmes ne fait que ressortir le peu d’efficacité des lois « égalitaristes » qui se sont empilées depuis trois décennies, en particulier sous les gouvernements sociaux-démocrates, aussi bien dans la sphère professionnelle que politique : inégalités salariales (24 % d’écart), division sexuée du travail, lourdeur des tâches quotidiennes, préjugés et comportements sexistes, autant de problèmes qui n’ont nullement été résolus par de telles lois. On peut même dire que ces lois ont été en grande partie annulées par d’autres lois, adoptées sous le gouvernement Hollande, à commencer par celles des ministres Macron et El Khomri, qui ont eu pour effet d’aggraver la flexibilité, la précarité, le chantage au licenciement, les temps partiels imposés, l’allongement du temps de travail, l’isolement des salarié-e-s face au pouvoir patronal, le recul des services publics ; autant de facteurs qui ne peuvent que dégrader les conditions de travail et de vie des femmes. En tant que communistes, nous ne mesurons pas le sort des travailleuses à la seule aune des violences sexistes, mais aussi à celle d’une violence quotidienne, celle de la surexploitation subie dans les secteurs du commerce, de l’hôtellerie, du nettoyage, des services à la personne, où les accidents du travail se sont accrus de 28 % pour les femmes depuis 2001, alors qu’ils baissaient globalement de 28,6 % pour les hommes*. Ce que révèle la situation actuelle des femmes, dans notre pays comme au niveau international, c’est qu’il n’y a pas de frontière étanche entre le monde du travail et le reste de la société : les reculs subis en matière de droit du travail génèrent inévitablement un recul de l’ensemble de la société, et donc de la condition féminine mise à mal par une poussée des idées rétrogrades (sur la famille, l’avortement, l’accès au travail, etc.) et par les effets de la crise du régime capitaliste.

Face à ces constats, la lutte pour les droits des femmes doit s’amplifier et s’internationaliser. Mais même victorieuse, cette lutte restera sans résultat effectif et durable, si les lois et mesures arrachées au pouvoir demeurent dans le cadre d’un système économique et social fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange, sur l’exploitation de l’homme par l’homme (que cet homme soit un homme ou une femme...). Car un tel système se nourrit fondamentalement de toutes les divisions possibles au sein de l’humanité : divisions en classes d’abord, puis divisions visant à désarmer le mouvement ouvrier, en le détournant de la lutte de classes, divisions entre Français et immigrés, entre chômeurs et actifs, entre jeunes et vieux, entre homos et hétéros, et bien sûr entre hommes et femmes.

Le Parti Communiste révolutionnaire de France travaille donc, tout en s’inscrivant pleinement dans les luttes pour les droits des femmes, à favoriser leur caractère unitaire et la conscience du seul débouché politique capable de rendre effective la fin des inégalités, des injustices et de l’oppression : l’abolition du capitalisme et la construction d’une société socialiste qui, par la socialisation et la planification de la production, mettra l’ensemble des richesses produites au service des femmes comme de l’ensemble de la population.

*A lire, dans Le Monde diplomatique de décembre 2017, l’intéressant article sur l’invisible pénibilité du travail féminin.

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