Etats-Unis hors de Corée !

Au cours de l’été, la ten­sion inter­na­tio­nale s’est accen­tuée autour de la pré­ten­due ques­tion nucléaire nord-coréenne. Le Parti Communiste Révolutionnaire de France a pris posi­tion sur cette ques­tion à plu­sieurs repri­ses dans le passé, tant sur son site Internet que dans son jour­nal Intervention Communiste. Mais l’aggra­va­tion de la situa­tion, comme la dés­in­for­ma­tion totale orches­trée par les médias, même s’ils sont par­ta­gés entre l’ali­gne­ment tra­di­tion­nel (sur cette ques­tion) de l’impé­ria­lisme fran­çais sur l’impé­ria­lisme amé­ri­cain et l’inquié­tude devant les propos irres­pon­sa­bles de Donald Trump, conduit notre parti à rap­pe­ler un cer­tain nombre de véri­tés :

1. En soi, la ques­tion nucléaire dans la pénin­sule coréenne n’est pas un pro­blème nou­veau. Depuis 1953 au moins, les États-Unis ont stocké des armes ato­mi­ques en grande quan­tité en Corée du Sud, ter­ri­toire qu’ils occu­pent depuis 1945, et rien ne prouve que cette situa­tion a changé. A tout le moins, ils y main­tien­nent des armes nucléai­res tac­ti­ques, en par­ti­cu­lier à l’ura­nium appau­vri.
2. Après s’être pro­non­cée pour la dénu­cléa­ri­sa­tion de la pénin­sule et avoir fait de nom­breu­ses pro­po­si­tions dans ce sens, toutes reje­tées par les États-Unis, à l’époque de l’admi­nis­tra­tion Clinton, la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC - Corée du Nord), signa­taire de l’accord de non-pro­li­fé­ra­tion nucléaire, a annoncé son inten­tion de se doter d’une cen­trale nucléaire de pro­duc­tion électrique, à un moment où sa situa­tion énergétique était par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile et empê­chait le déve­lop­pe­ment économique du pays. Les États-Unis et leurs alliés, dont la France, avaient alors lancé une cam­pa­gne inter­na­tio­nale pour faire renon­cer la RPDC à son projet. Cette der­nière avait négo­cié avec les États-Unis qui s’étaient enga­gés sur un accord pour cons­truire une cen­trale nucléaire qui ne pro­duise pas de plu­to­nium. Mais les admi­nis­tra­tions amé­ri­cai­nes n’ont jamais donné suite à cette pro­messe. C’est ce qui a conduit la RPDC à se reti­rer du Traité de non-pro­li­fé­ra­tion, ce qui est son droit le plus strict, garanti par le traité lui-même.
3. Après le 11 sep­tem­bre 2001 à New-York, le gou­ver­ne­ment Bush s’est cru auto­risé à dési­gner cer­tains États comme « État-voyou » finan­çant et orga­ni­sant le ter­ro­risme. Parmi eux, l’Afghanistan, l’Irak, la RPDC, l’Iran. On notera que ni l’Arabie Saoudite, ni le Qatar, ni le Pakistan, ni Israël ne figu­raient sur cette liste, mais que l’impé­ria­lisme états-unien a envahi l’Afghanistan et l’Irak, y semant le chaos, ce qui s’est répété en 2011 avec le ren­ver­se­ment du colo­nel Kadhafi en Libye, et venait après la liqui­da­tion mili­taire de la Yougoslavie. Parallèlement, et ce depuis de très nom­breu­ses années, tous les ans au prin­temps et en été, des manœu­vres conjoin­tes US-Corée du Sud ont lieu le long du 38e paral­lèle, manœu­vres clai­re­ment tour­nées contre la RPDC. En par­ti­cu­lier depuis la mort de Kim Jong Il, le thème de ses manœu­vres est clai­re­ment celui d’un débar­que­ment des trou­pes US/Sud-Coréennes en RPDC avec l’assas­si­nat de la direc­tion poli­ti­que de ce pays, tandis que les effec­tifs aug­men­tent et le maté­riel engagé est clai­re­ment adapté pour une agres­sion ato­mi­que. Les pro­chai­nes manœu­vres doi­vent com­men­cer le 26 août. Par ailleurs, la posi­tion d’obs­truc­tion des États-Unis, qui ne veu­lent pas enten­dre parler d’un traité de paix avec la RPDC (pour clore la guerre de 1950-1953) et s’oppo­sent au droit légi­time du peuple coréen à la réu­ni­fi­ca­tion de sa patrie sans ingé­rence étrangère, a conduit la RPDC à se reti­rer des négo­cia­tions à 6 (RPDC, USA, Chine, Russie, Japon et Corée du Sud) dès lors sans autre objet que les pro­vo­ca­tions ver­ba­les de Washington contre Pyong Yang. C’est dans ce contexte que la RPDC a décidé de se doter de l’arme nucléaire.
4. La ques­tion sou­le­vée n’est pas de savoir si on est pour ou contre l’arme nucléaire, mais de se pro­non­cer sur le droit sou­ve­rain de la RPDC à la pos­sé­der ou non. Ensuite, libre à chacun d’avoir une opi­nion sur le choix de la RPDC de se doter de ce type d’arme­ments, mais il faut rap­pe­ler que :
a) Dans un pays comme la France, pays impé­ria­liste dont la poli­ti­que étrangère est mar­quée par le bel­li­cisme et qui pos­sède l’arme ato­mi­que, les forces poli­ti­ques qui ne se pro­non­cent pas pour l’aban­don uni­la­té­ral de la force de frappe fran­çaise sont par­ti­cu­liè­re­ment mal pla­cées pour condam­ner la RPDC. C’est vrai d’ailleurs pour les cinq mem­bres per­ma­nents du Conseil de sécu­rité de l’ONU, qui sont tous des puis­san­ces nucléai­res. Tous les États sont égaux en droit. Il est bon de rap­pe­ler qu’à l’époque du socia­lisme en URSS, toutes les pro­po­si­tions d’inter­dic­tion de l’arme ato­mi­que faites par cette der­nière, et elle-seule comme puis­sance ato­mi­que, ont fait l’objet d’un rejet de la part des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’OTAN.
b) L’hys­té­rie poli­ti­que concer­nant la poli­ti­que de la RPDC s’accom­pa­gne d’un silence étouffant de la part des mêmes forces poli­ti­ques concer­nant l’acqui­si­tion de l’arme ato­mi­que par Israël. Le seul, faut-il le rap­pe­ler, qui a été créé par l’ONU, et qui depuis sa créa­tion a sys­té­ma­ti­que­ment violé les réso­lu­tions de l’ONU le concer­nant en toute impu­nité, avec la pro­tec­tion des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France. C’est d’ailleurs la France qui lui a permis de l’acqué­rir, conjoin­te­ment et en col­la­bo­ra­tion avec le régime raciste-nazi d’apar­theid d’Afrique du Sud. D’autre part, le Pakistan n’a jamais fait l’objet de quel­conques sanc­tions tant de l’ONU que des États-Unis.
c) Les États-Unis, qui mul­ti­plient les mena­ces d’inter­ven­tions mili­tai­res contre le pré­tendu danger que repré­sen­te­rait l’acqui­si­tion par la RPDC de l’arme nucléaire, et trou­vent une cer­taine com­pré­hen­sion dans les médias et les forces poli­ti­ques de la bour­geoi­sie, sont le seul pays à avoir uti­lisé l’arme ato­mi­que : à Hiroshima et Nagasaki, mais aussi au Koweït, en Yougoslavie et en Irak (Afghanistan ?) sous la forme de muni­tion à ura­nium appau­vri. La RPDC n’a jamais repré­senté un danger d’agres­sion pour ses voi­sins, mais a été l’objet d’une guerre bar­bare (chi­mi­que et bac­té­rio­lo­gi­que notam­ment) menée par les USA, qui se sont vantés de vou­loir la rame­ner « à l’âge de pierre ».
5. La ques­tion de l’arme nucléaire, pour les États-Unis, en cache une autre déjà évoquée : il s’agit d’empê­cher l’accès par la RPDC aux tech­no­lo­gies de pointe que sont l’énergie électrique nucléaire et les tech­no­lo­gies spa­tia­les. C’est ainsi que pour la seule RPDC, les mem­bres per­ma­nents du Conseil de Sécurité, tous puis­san­ces spa­tia­les, condam­nent indis­tinc­te­ment les essais balis­ti­ques mili­tai­res et le lan­ce­ment de fusées spa­tia­les et de satel­li­tes. Certes il y a des liens entre les deux domai­nes, mais pas plus pour la RPDC que pour les autres. Et la RPDC n’a jamais caché la vérité, quand ses lan­ce­ments s’ins­cri­vaient dans son pro­gramme mili­taire et quand il s’agis­sait de son pro­gramme de maî­trise scien­ti­fi­que de l’espace. En réa­lité, il s’agit bien ici d’une volonté poli­ti­que de la part des États-Unis et de leurs alliés, comme de la Chine et de la Russie, d’empê­cher le déve­lop­pe­ment scien­ti­fi­que et tech­no­lo­gi­que indé­pen­dant des États en voie de déve­lop­pe­ment. A cela vient s’ajou­ter, pour ce qui est de la ques­tion coréenne, un aspect par­ti­cu­lier : celui de la réu­ni­fi­ca­tion de la Nation coréenne. La pénin­sule est au centre d’une zone clef des échanges mon­diaux, cons­ti­tuée par la Russie, la Chine et le Japon, et sur laquelle l’impé­ria­lisme amé­ri­cain a tou­jours voulu avoir son mot à dire (ses inté­rêts à défen­dre). C’est la raison de sa pré­sence illé­gale depuis 1945 en Corée du Sud, à laquelle la sale guerre de Corée a donné, par l’inter­mé­diaire de l’ONU à l’époque boy­cot­tée par l’URSS, un pré­texte légal. Pendant toute une période, Washington envi­sa­geait la réu­ni­fi­ca­tion comme l’absorp­tion mili­taire de la RPDC par l’Etat-fan­to­che du sud. Mais le déve­lop­pe­ment inégal, carac­té­ris­ti­que de l’impé­ria­lisme, a conduit à un déve­lop­pe­ment économique gigan­tes­que (avec l’aide US) de la Corée du Sud, et celle-ci est deve­nue un État impé­ria­liste qui, tout en étant dominé poli­ti­que­ment et mili­tai­re­ment par l’impé­ria­lisme états-unien, est devenu un concur­rent dan­ge­reux pour les mono­po­les Nord-Américains (auto­mo­bile, électronique, infor­ma­ti­que). La réu­ni­fi­ca­tion de la pénin­sule est donc exclue des plans de Washington : elle est inac­cep­ta­ble dans le cadre socia­liste, c’est clair. Mais elle l’est aussi dans le cadre capi­ta­liste, qui ver­rait un État de plus de 60 mil­lions d’habi­tants, avec une popu­la­tion extrê­me­ment bien formée au Nord, et des mono­po­les puis­sants au sud exploi­tant sans pitié les tra­vailleurs, se heur­ter à l’impé­ria­lisme amé­ri­cain. Celui-ci n’aurait plus de jus­ti­fi­ca­tions pour main­te­nir ses bases mili­tai­res, tandis que les contra­dic­tions avec l’impé­ria­lisme japo­nais se trou­ve­raient libé­rées et que les impé­ria­lis­mes russes et chi­nois en pro­fi­te­raient. C’est pour­quoi l’impé­ria­lisme Yankee s’oppose aujourd’hui à toute détente dans la pénin­sule. Or la toute récente crise poli­ti­que en Corée du Sud, qui a vu balayer l’ancienne pré­si­dente pro US et son parti, et l’élection d’un par­ti­san de la coo­pé­ra­tion nord-sud, a montré que la popu­la­tion de Corée du Sud, et notam­ment sa classe ouvrière, sont atta­chées à la réu­ni­fi­ca­tion du pays, se pro­non­cent pour des rap­ports paci­fi­ques avec la RPDC, se mobi­li­sent contre les mono­po­les (les tchéo­bols) et sup­por­tent de moins en moins la pré­sence des États-Unis. C’est bien là la source de l’agi­ta­tion fré­né­ti­que et dan­ge­reuse de Trump. Cela n’exclut pas pour autant des com­pro­mis pos­si­bles, même si les der­niè­res sanc­tions de l’ONU, illé­ga­les du point de vue de sa charte, qui visent à réduire d’1/3 les expor­ta­tions de la RPDC, ont contri­bué à alour­dir la ten­sion.
Le Parti Communiste Révolutionnaire de France réi­tère sa soli­da­rité avec le Parti du Travail de Corée, avec la classe ouvrière coréenne, et le peuple coréen qui lutte pour sa réu­ni­fi­ca­tion paci­fi­que et indé­pen­dante, en ren­for­çant le socia­lisme au Nord et en lut­tant contre la bour­geoi­sie et les tchéo­bols au sud. Il appelle la classe ouvrière de notre pays à se mobi­li­ser contre le danger de guerre que font courir à l’huma­nité l’impé­ria­lisme amé­ri­cain et ses alliés, pour la reconnais­sance diplo­ma­ti­que par le gou­ver­ne­ment fran­çais de la RPDC.

Paris, le 18 aout 2017

  • Conférence internationale « Octobre – 100 » à Léningrad et déclaration des partis communistes et ouvriers

    Du 10 au 13 août 2017 s’est tenue à Leningrad une confé­rence inter­na­tio­nale sur le thème « Du rôle et de l’impor­tance de la Révolution d’Octobre et de l’expé­rience de la cons­truc­tion du socia­lisme en Union sovié­ti­que pour le mou­ve­ment com­mu­niste et ouvrier moderne ». Cette confé­rence a été orga­ni­sée par le (...)
  • Anticommunisme de l’UE : STOP !

    Les Partis com­mu­nis­tes et ouvriers condam­nent la parade anti­com­mu­niste orga­ni­sée par la pré­si­dence esto­nienne de l’UE Nous, Partis com­mu­nis­tes et ouvriers, condam­nons la parade anti­com­mu­niste orga­ni­sée par la pré­si­dence esto­nienne de l’UE, dans le cadre de la soi-disant « Journée euro­péenne de (...)
  • Etats-Unis hors de Corée !

    Au cours de l’été, la ten­sion inter­na­tio­nale s’est accen­tuée autour de la pré­ten­due ques­tion nucléaire nord-coréenne. Le Parti Communiste Révolutionnaire de France a pris posi­tion sur cette ques­tion à plu­sieurs repri­ses dans le passé, tant sur son site Internet que dans son jour­nal Intervention (...)
  • Hommage à notre camarade Boualem Khalfa

    Ci-des­sous la lettre d’hom­mage adres­sée par le PCRF au PADS, suite au décès de notre cama­rade Boualem KHALFA, mili­tant com­mu­niste algé­rien, jour­na­liste, poète. (Photo ci-contre : Boualem, jeune jour­na­liste, reçu par Marcel Cachin à (...)
  • La RPDC face à 3 impérialismes...

    Les nou­vel­les mena­ces amé­ri­cai­nes à l’encontre de la République popu­laire démo­cra­ti­que de Corée (RPDC) accen­tuent le danger de guerre. De par sa posi­tion géo­gra­phi­que, la Corée popu­laire se trouve à la croi­sée des inté­rêts impé­ria­lis­tes. Trois impé­ria­lis­mes dif­fé­rents entou­rent le pays. Le plus agres­sif est (...)
  • Manchester : Solidarité avec le peuple britannique

    Le Parti Communiste Révolutionnaire de France exprime ses condo­léan­ces les plus fra­ter­nel­les au pro­lé­ta­riat, aux masses popu­lai­res de Manchester, aux bles­sés, aux famil­les des vic­ti­mes de l’atten­tat per­pé­tré le 22 mai 2017 contre les mil­liers de jeunes réunis pour un spec­ta­cle. Nous sommes cho­qués (...)
  • Russie : Liberté pour nos camarades !

    Le 9 mai 2017, plu­sieurs mem­bres du Parti Communiste Ouvrier de Russie (PCOR) ont été arrê­tés durant les mani­fes­ta­tions et incar­cé­rés pour plu­sieurs jours alors qu’aucune vio­la­tion mani­feste de la loi n’a été com­mise. Parmi eux, un membre du Comité Central et l’un des res­pon­sa­bles de l’orga­ni­sa­tion de (...)
  • [IPCOE] Conférence de Berlin sur la victoire des peuples contre le fascisme

    L’ini­tia­tive euro­péenne des partis com­mu­nis­tes et ouvriers (IPCOE) a tenu un plenum le 7 mai 2017 à Berlin, pour fêter le 72e anni­ver­saire de la vic­toire des peu­ples contre le fas­cisme. Ce ras­sem­ble­ment a été orga­nisé par le Parti Communiste de Grèce (KKE) et le Parti Communiste de Turquie (TKP). Les (...)