Elections présidentielles en Russie : Où sont les vrais communistes ?

Le 18 mars 2018 auront lieu les élections présidentielles en Fédération de Russie. L’issue de ces « élections » laisse très peu de doute. Poutine, au pouvoir depuis son coup d’État de 1999-2000, devrait l’emporter dès le premier tour, comme c’était le cas lors des élections précédentes. Le caractère anecdotique de l’élection présidentielle russe est de plus en plus évident à chaque échéance électorale. Poutine est de fait le seul candidat sérieux à sa propre succession à chaque fois, les autres prétendants se contentant de faire de la figuration.

Aucun des candidats ne remet en cause le système capitaliste dans lequel la Russie est replongée depuis la contre-révolution de 1991 en URSS. Même dans le cadre bourgeois, ceux-ci ne représentent pas une réelle opposition à Poutine et à son parti « Russie Unie ». En effet, la figure de Poutine est celle qui représente le mieux les intérêts de la bourgeoisie monopoliste russe dont les profits sont surtout réalisés dans le domaine de l’extraction des matières premières, notamment le gaz et le pétrole.
En même temps, le pays vit dans une situation économique et sociale très compliquée. Quasiment aucun acquis social de la période soviétique n’a été gardé, presque tout a été détruit. Le taux de chômage est très élevé, des régions entières sont en détresse totale, des migrations internes sont très importantes, notamment vers les grandes villes, la crise démographique est toujours présente. La classe ouvrière russe ne bénéficie pas de salaire minimal de fait, car si celui-ci existe officiellement, il n’est même pas égal au minimum vital ! Le système syndical est réduit à néant. Les retraités sont obligés de travailler et la jeunesse n’a plus d’accès gratuit à l’enseignement.
Mais le prestige de Poutine vient du domaine international, dans lequel il est perçu par les couches populaires comme le garant de la souveraineté du pays et comme un contrepoids à la domination des États-Unis. Or, il serait erroné de voir dans la politique internationale russe une tendance anti-impérialiste juste parce que la Russie s’oppose à l’impérialisme américain. Le régime de Poutine représente avant tout le capitalisme monopoliste russe, qui a ses intérêts propres, notamment en ce qui concerne la Syrie. Si l’URSS était aux avant-postes du mouvement anti-impérialiste, il n’en est pas de même de la Russie d’aujourd’hui, elle même devenue un État impérialiste.

Deux candidats étiquetés comme communistes se présentent à ces élections. Mais il est difficile de voir en eux des réels représentants du prolétariat russe.

Le Parti Communiste de la Fédération de Russie (PCFR) est cette fois représenté non pas par Guénnady Ziouganov, comme c’était traditionnellement le cas, mais par Pavel Groudinine. Il faut rappeler que ce parti, deuxième du pays, n’est en rien révolutionnaire, et se contente des places obtenues à la Douma, en mobilisant surtout un électorat vieillissant et nostalgique de l’époque soviétique (notamment l’époque de Brejnev). Ce parti ne cherche pas à organiser les ouvriers pour le renversement du système capitaliste, mais fait l’éloge du passé soviétique pour trouver un certain écho dans les masses. Son candidat, Groudinine, n’est en effet même pas membre du parti. Il s’agit d’un ancien membre du parti de Poutine, « Russie Unie », qui a même été l’un des représentants de Poutine lors des élections de 2000. D’autre part, c’est le directeur du sovkhoze Lénine, créé en 1928, mais qui est aujourd’hui une société d’actionnaires, même si le nom de « sovkhoze Lénine » est resté. Pavel Groudinine ne se présente pas tant comme le candidat du PCFR que comme un candidat des « forces patriotiques et de gauche ». Dans son programme, il milite pour une justice sociale qui ne remet pas en cause le système capitaliste.

L’autre candidat sous étiquette « communiste » est le Secrétaire général du parti « Communistes de Russie », Maxime Souraikine. Ce parti, créé dans les années 2000, est surtout composé d’anciens membres du PCFR. Cette formation se présente comme une structure critiquant le PCFR, avec lequel elle a souvent des contentieux devant les tribunaux. Mais au fond, le contenu révolutionnaire est également absent dans ce parti. Il s’agit d’une organisation politique créée artificiellement afin de remédier à la perte de puissance progressive du PCFR et pour discréditer encore plus le mouvement communiste en Russie.

Ces deux candidats se prétendant communistes n’utilisent pas ces élections comme une tribune pour faire passer les idées communistes et révolutionnaires. Au contraire, ils cautionnent les élections bourgeoises et jouent le jeu du Capital pour leurrer les masses. Il s’agit pour eux d’une publicité et d’une visibilité dans les médias.

Nos camarades du Parti Communiste Ouvrier de Russie (PCOR, quasiment le seul parti russe se positionnant sur les bases marxistes-léninistes) avaient envisagé de présenter une candidate ouvrière, Natalya Lisitsyna, dans le cadre du ROT FRONT (front des organisations combattant le capitalisme où le PCOR joue le rôle dirigeant). Contrairement aux deux autres organisations se disant communistes, présentées dans cet article, le ROT FRONT et le PCOR n’ont jamais semé d’illusions sur les élections et avaient bien fait savoir qu’il s’agissait d’utiliser ces élections pour faire passer un message afin de pousser les travailleurs russes à s’organiser sur les bases de classe contre le Capital, ce qui exige un travail au quotidien. Mais cette candidature n’a pas été enregistrée par le Comité Électoral Central (organe qui a une indépendance très relative - si ce n’est inexistante - par rapport au Kremlin). La raison officielle est le retard dans la collecte des signatures et le non respect des délais. Mais au fond, il est évident que le pouvoir bourgeois russe est méfiant de toute force pouvant vraiment représenter le prolétariat et remettre en cause le système capitaliste.

Le Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF) est solidaire de la lutte des communistes russes, du Parti Communiste Ouvrier de Russie (PCOR) et du ROT FRONT. Le pouvoir autoritaire de Poutine, conditionné par les besoins du Capital monopoliste russe, ne répond en rien aux aspirations du peuple russe, privé de tous les acquis sociaux de l’époque soviétique. Ce ne sont pas les élections, encore moins les présidentielles, qui changeront quelque chose. Seule la lutte quotidienne parmi les masses laborieuses, menée par un parti digne du Parti Bolchevik, peut mener vers le socialisme par un changement révolutionnaire.

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