ÉDITO : "Le Roi des cons" ?

Macron promettait du nouveau et c’est vrai qu’il innove : pas seulement en légiférant par ordonnances sur des questions dont il sait que l’opinion des travailleurs y est hostile, ou en voulant intégrer les principales dispositions de l’état d’urgence dans la législation commune (programme du Front National) ! C’est la première fois qu’un Président de la République, depuis une capitale étrangère, devant un premier ministre roumain médusé – et pourtant un fieffé réactionnaire – se met à sous-entendre que les Français sont des... cons (ou « des imbéciles », comme dit Philippe Martinez). Le motif : les Français s’opposeraient, sans raison, irrationnellement, à toute réforme, la France étant de ce fait irréformable ! C’est vrai qu’avec les 18% des inscrits au premier tour des Présidentielles, il est difficile de parler de plébiscite pour des mesures visant toutes à satisfaire les capitalistes et la bourgeoisie ! Après les manifestations du printemps 2017, découvrir que la masse du peuple (pas seulement l’électorat PC et France Insoumise) est hostile à ces projets de réforme et être au bord de l’insulte, cela illustre on ne peut mieux le positionnement de classe de l’individu. Tout comme quand il évoque, au détour d’une phrase concernant le dysfonctionnement de la gare Montparnasse, les gares où « se croisent des gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien », ou quand il fait preuve d’un racisme « bon teint » concernant les Comores ou l’Afrique (qui ne donnerait pas envie d’investir à cause du fait que les femmes y auraient 7 ou 8 enfants en moyenne) ! C’est tout le mépris et l’arrogance de ceux qui possèdent, de cette grande bourgeoisie monopoliste et de ses commis, qui transparaissent ici ! Et qui oublient la fameuse réplique : « Mais qui vous a fait roi ? »
Il faut lui rappeler que les réformes profondes de la fin du XIXeme puis du XXème siècles, ce sont justement ceux qu’il considère comme « rien » qui les ont obtenues contre sa classe : l’interdiction du travail des enfants, la journée de 8 heures, les 40 heures, les conventions collectives, la reconnaissance du syndicalisme, les congés payés, la Sécurité sociale ! La classe ouvrière, la paysannerie laborieuse, l’immense majorité de la jeunesse, sont justement hostiles aux réformes qui détruisent les conquêtes sociales, qui étendent la précarité et préparent la misère, pas seulement des couches les plus populaires, mais de l’ensemble de ceux qui n’ont pour vivre que leur salaire, leur retraite, ou le revenu de leur travail (artisans, exploitants agricoles, petits commerçants…). Et ils rejettent les discours alambiqués et mensongers de la ministre-DRH pour noyer le poisson.
L’autoritarisme de patron, la méthode managériale de ceux qui gèrent les fortunes capitalisées, s’applique jusqu’au gouvernement et au mouvement que le « chef » a créé. De ce point de vue, cet homme est dangereux pour les libertés démocratiques, parce qu’il voudra passer outre toute opposition à la politique de la bourgeoisie ; c’est pourquoi il est nécessaire de ne pas se contenter d’une simple vision économiste de la situation : la lutte contre le démantèlement du Code du Travail et contre l’ensemble des projets sociaux réactionnaires doit être indissolublement liée, au plan syndical, à celle contre les projets liberticides et pour le retrait des lois déjà adoptées sous les gouvernements sociaux-démocrates.
Les luttes qui s’annoncent vont être difficiles. La bourgeoisie française a l’appui de ses acolytes européens et de l’Union Européenne. La presse souligne la parenté des réformes Macron avec celle de Schroeder/Hartz/ Merkel, de Renzi, de Tsipras, de Thatcher/Blair… Le réformisme syndical pollue les luttes et sème le doute sur la légitimité des colères prolétariennes. Cela ne concerne pas que les dirigeants
de la CFDT et de FO : chacun se rappelle le comportement indigne d’un groupe de dirigeants de l’UGICT en juin 2016, parmi lesquels Alezar, un des promoteurs depuis 40 ans de la liquidation du syndicalisme de classe dans la CGT. En opposition avec les mobilisations contre la loi Travail, ils offraient la conciliation au gouvernement HollandeValls, alors qu’il préparait, de fait, l’offensive actuelle de la bourgeoisie. Mais en même temps, ces luttes peuvent être le point d’appui pour que la classe ouvrière et les masses populaires se débarrassent de leurs illusions, surmontent le scepticisme consécutif à la contre-révolution dans les pays socialistes. De ce point de vue, le 100ème anniversaire de la Révolution d’Octobre sera présent dans les luttes de classe qui s’annoncent : l’alternative à la situation actuelle, ce n’est pas le rafistolage, ce n’est pas le choix du moins pire ou du vaut mieux un petit peu que rien, que les forces politiques principales nous objectent. L’expérience montre que sur cette base, la bourgeoisie est toujours victorieuse, même quand les changements sont importants comme au Venezuela ces dernières années. L’alternative, c’est l’affrontement avec la bourgeoisie et le capitalisme dans la perspective de la révolution. C’est la conscience de cela qu’il faut faire grandir.

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